«On me nomma secrétaire du journal l’Avenir des Femmes et du Comité Féministe[1] et je me mis à étudier la question de notre émancipation. Après avoir pendant quelques années beaucoup lu, entendu, observé, réfléchi, j’ai compris la nécessité de ressusciter le programme des femmes de la Révolution et d’une partie de celui de celles de 1848, en faisant, contrairement à Léon Richer et à Maria Deraismes, découler nos droits civils de nos droits politiques. Pour pouvoir présenter le programme au public, j’ai fondé en 1876 la société «Le Droit des Femmes», qui compta bientôt dans ses rangs nombre d’intellectuels de l’un et de l’autre sexe.»

La Société avait pour devise: Pas de devoirs sans droits. Pas de droits sans devoirs, et son but final était: l’égalité parfaite des deux sexes devant la loi et devant les mœurs.

En 1883 son titre fut changé en celui de «Suffrage des Femmes» qui exprimait mieux ses idées directrices.

Pour obtenir le concours des femmes, elle lança aux Femmes de France cet éloquent appel:

Femmes de France

Malgré les bienfaits de notre révolution de 1789, deux sortes d’individus sont encore asservis: les prolétaires et les femmes. Les femmes prolétaires ont un sort bien plus déplorable encore...

Nous n’avons aucuns droits. Si préoccupées que nous soyons du bonheur de notre pays, nous sommes impitoyablement repoussées de toutes les assemblées, tant électives que législatives. La République veut cependant le concours de tous et de toutes. Nous comptons moins que rien dans l’Etat; l’homme qui joint à la sottise l’ignorance la plus profonde compte plus en France que la femme la plus instruite; il peut nommer ses législateurs; la femme ne le peut pas. Elle est un être à part, qui naît avec beaucoup de devoirs et pas de droits.

Quelle singulière anomalie! La femme est incapable pour les actes de la vie sociale et politique; on l’assimile aux interdits et aux fous, et quand elle s’écarte de la loi, elle est tout aussi sévèrement punie que l’homme en pleine possession de ses capacités.

Toute carrière libérale nous est fermée; nous ne devons nous immiscer dans aucune administration financière; cependant le fisc nous trouve bonnes pour payer les frais que notre sexe n’a pas été admis à discuter.