Pour la société «Le suffrage des Femmes».

«La secrétaire générale,
«Hubertine Auclert».

Le premier contact des femmes revendiquant le suffrage avec la commission du suffrage universel ont lieu en novembre 1908, alors que l’on parlait à la Chambre de l’abolition de la peine de mort. Des déléguées de la Société «Le Suffrage des Femmes» furent reçues au Palais Bourbon par M. Charles Benoist président de la commission du suffrage universel qui voulut bien se charger de la pétition qui suit:

«Messieurs les Députés,

«Intéressez-vous aux femmes, décapitées devant l’urne, comme aux assassins.

«Nous vous demandons de supprimer la Mort politique qui frappe toutes les femmes, en accordant aux Françaises le Droit électoral.»

Cette pétition fut remise par M. Charles Benoist à la commission de la réforme électorale.

Les journaux ont publié sans commentaires, la pétition si juste de la société «Le Suffrage» demandant aux députés de s’intéresser aux femmes devant l’urne, de supprimer la mort politique qui frappe les femmes, en accordant aux Françaises le droit électoral.

Quand, en France les femmes sont traitées comme des idiotes et des criminelles, ne participant pas à l’élaboration de la loi qui leur sera appliquée; quand les maris peuvent, sans jugement, tuer leurs épouses, en prétextant l’infidélité; quand la puissance maritale, confère à l’homme sur la femme l’autorité d’un négrier sur une esclave, on est stupéfait de voir les humanitaires au Parlement, qui restent indifférents devant les femmes suppliciées et frappées sans motifs de mort politique, s’attendrir sur les assassins.

Les humanitaires qui laissent retrancher les Françaises du droit commun n’entendent pas que l’on retranche de la vie les assassins, qui d’ailleurs ne doivent point porter la responsabilité de leurs crimes; tandis que les femmes doivent porter la responsabilité de leur sexe. C’est parce que les femmes donnent la vie qu’elles sont frappées de mort politique. Le voilà le sceau de la barbarie, qui laissera sur cette législation sa marque indélébile.