M. Marcel Sembat nous a répondu que s’il proposait un amendement en notre faveur, les adversaires de la réforme électorale s’empresseraient de le voter pour faire échouer la loi, et que les partisans de la réforme électorale, fussent-ils féministes, voteraient contre cet amendement. Mais, que lorsque le vote de la proportionnelle serait acquis, lui et ses collègues se feraient un plaisir d’intervenir pour le suffrage des Femmes dont ils sont partisans. Il a approuvé nos démarches qui pouvaient nous rendre les députés favorables.
Le 17 juin, c’est M. Bracke qui nous a reçues. Il nous a promis de prendre la parole pour réclamer le suffrage des femmes après le vote de la loi. Puis il nous a dit:
«Le parti socialiste est le parti qui peut le moins pour la femme. C’est un parti dans une situation désespérée et qui n’a rien à perdre, qui peut se dévouer à l’affranchissement des femmes; car il pourrait trouver en cela sa résurrection». Il présentera le suffrage féminin, non dans l’intérêt personnel des femmes, mais dans l’intérêt de la société.
Tenant sa promesse, M. Bracke, le 10 juillet a dit à la Chambre que si le groupe du parti socialiste n’a pas profité de l’œuvre d’organisation du suffrage universel pour y rattacher la question du suffrage des femmes, c’est qu’il a considéré que ce serait apporter soi-même un obstacle de plus à la réalisation d’une réforme qu’il regarde comme utile, mais il tient à dire que, plus que jamais il réclamera l’égalité politique des deux sexes et il rappellera à la Chambre...
M. Jaurès.—Très-bien.
M. Bracke.... que c’est en réalité, mutiler le suffrage universel que d’en exclure la majorité de la population des adultes. (Très-bien! très-bien! à l’extrême gauche et sur divers bancs.) Aussitôt que la Chambre aura organisé cette nouvelle loi nous lui rappellerons qu’il est nécessaire de faire une réalité des droits politiques de la femme...
Le 25 mars 1912 M. Maginot fit décider par la Chambre de substituer la base des électeurs inscrits, à celle des habitants, pour établir les sièges législatifs.
Le 27 mars la société «Le suffrage des Femmes», intéressée à ce que les femmes ne soient plus comptées, exprima à M. Maginot dans une lettre ses joies et ses espérances. Mais le retrait du projet ayant été voté par la Chambre, deux mois après une autre proposition présentée par la commission et le gouvernement faisait créer chaque député par 70.000 habitants, au lieu de le faire créer par 22.500 électeurs. Le 2 juillet 1912 M. Maginot rappela que dans sa séance du 25 mars, la Chambre, après un long et consciencieux débat qui ne pouvait laisser place à aucune surprise, décidait par 290 voix contre 256 de substituer la base des électeurs inscrits à celle des habitants pour la détermination du nombre de députés à attribuer à chaque circonscription électorale.
Le lendemain, comme conséquence de ce premier vote, elle adoptait à la presque unanimité, par 536 voix en effet contre 22 le texte transactionnel suivant proposé par votre commission du suffrage universel. Ce texte qui est devenu l’article 3 du projet adopté par la Chambre en première délibération était ainsi conçu:
«Le nombre des sièges attribué à une circonscription est calculé sur le chiffre des électeurs inscrits.