M. Pourquery de Boisserin.—Pourquoi n’admettez-vous pas à voter les femmes déjà admises à voter au tribunal de commerce?
M. Charles Benoist.—C’est une autre question (interruptions).
M. Louis Andrieux.—Si vous voulez que les femmes soient représentées, il faut établir dans toute son ampleur, dans toute sa vérité, le suffrage universel et ne pas exclure du droit de suffrage la moitié, la meilleure moitié du genre humain.
M. Paul Aubriot.—Le voteriez-vous le jour où nous le proposerions?
M. Louis Andrieux.—Mon cher collègue, quand vous apporterez cette proposition à la tribune, quand vous aurez le courage d’affronter le ridicule qui s’y attache encore, et bien injustement, aux yeux de quelques-uns, je n’hésiterai pas à le voter avec vous.
M. Paul Aubriot.—Très bien!
M. Louis Andrieux.—Je ne crois pas devoir aujourd’hui présenter un amendement, en ce sens, à la loi électorale. Que nos collègues qui y sont opposés se rassurent. Je ne suis pas ici pour menacer le privilège masculin et l’aristocratie de la barbe... (Rires). Je me borne à protester contre les prétentions de ceux qui, sous prétexte de faire représenter la femme, lui donnent un mode de représentation bien lointain, bien indirect, qui souvent se retournerait contre elle.
M. Georges Berry.—C’est déjà quelque chose.
M. Louis Andrieux.—Je proteste contre le paradoxe de ceux, qui veulent la faire représenter par des députés qu’elle n’a pas députés, par des mandataires qu’elle n’a pas mandatés, et lui imposer des avocats d’office choisis par les hommes, et qui à cette tribune le plus souvent plaideraient la cause masculine contre celle des femmes. Cela, c’est se moquer, en vérité, des femmes qu’on prétend défendre, et ce n’est pas généreux, c’est un acte de dérision, d’ironie auquel pour ma part, je ne veux pas m’associer. (Applaudissements à gauche).
M. Ferdinand Buisson, président de la commission du suffrage universel.—Je demande à nos collègues qui nous proposent de substituer le nombre des électeurs inscrits un chiffre de la population, comme base du régime électoral, de me dire, s’ils connaissent, dans le monde entier une seule législation électorale qui ait fait cette innovation. Si vous ne faites état que du nombre des électeurs inscrits, il est évident que vous favorisez les circonscriptions qui comptent beaucoup de célibataires et peu d’enfants. Quelle raison peut-on invoquer, étant donné la diminution de la natalité, en France en faveur de cette exception...