La Française qui est contrainte à un travestissement physique et moral, la Française qui ne parvient, qu’en mentant à se tirer d’affaire dans la vie, ne peut, tant qu’au lieu d’être citoyenne elle n’est qu’instrument de plaisir, faire s’augmenter la mentalité humaine.

Sur les républicains pèsent lourdement les préjugés des jacobins envers la femme. Beaucoup de ces empressés à imiter leurs ancêtres croient que la dissimulation, la ruse, l’hypocrisie féminine, qu’Amar qualifiait «la retenue» à la tribune de la convention, sont la source des vertus du sexe féminin; alors que cette dissimulation et cette ruse ne suscitent que des vices d’esclaves.

La sincérité est le propre des êtres libres. La femme associée de l’homme dans la commune et dans l’état, manifestera sa franchise.

Si l’on n’arrive à la justice sociale que par l’action politique, les Françaises ne peuvent rester en dehors de cette action politique: elles doivent avoir comme les Français, en la République qui est la propriété de tout le monde, leur part de souveraineté.

Dans les luttes pour la vie ce ne serait qu’en mettant la main à la machine politique que les femmes s’épargneraient d’être affamées.

En France, c’est une anomalie d’empêcher les femmes d’être électeurs et éligibles alors qu’on les admet aux hautes fonctions de membres du Conseil supérieur de l’instruction publique et de membre du conseil supérieur du travail, ces assemblées aux lumières desquelles les députés ont si souvent recours.

Comment la femme siégeant en ces conseils qui a été reconnue apte à inspirer, à diriger les législateurs ne serait-elle pas capable d’émettre un vote lors des élections?

C’est la peur des mots qui fait priver la Française du droit de nommer des représentants au Palais Bourbon. Les hommes sont effrayés par ces expressions rapprochées: femmes et politique.

L’annulement des Françaises contraint les Français à l’immobilité, à la stagnation; mais nul ne se préoccupe de cela. En ce pays, où tout le monde crie que le hasard plus que les volontés confère le pouvoir, crée le gouvernement, que les électeurs votent contrairement à leurs intérêts, personne ne veut comprendre qu’on remédiera à l’incohérence politique, en élevant au niveau de l’homme, la femme qui met au monde et éduque les électeurs.

Le besoin de sécurité ne permet pas d’empêcher plus longtemps de tomber dans la balance électorale, pour faire contrepoids, aux bulletins révolutionnaires, les bulletins pondérateurs des femmes.