Pendant que la femme n’a aucun droit, le dressage moral de la nation lui échappe. Si cette dépourvue de toute autorité publique fait une observation, on lui répond: La politique n’est pas l’affaire des femmes. Et cette bannie de la politique, dont tout découle et ou tout remonte, exclue du droit de donner sur quoi que ce soit son avis, par sa dégradation civique, entraîne l’abaissement national.
Dans l’état comme dans la maison la femme doit compléter l’homme, être pour lui un renfort.
Il est difficile de faire admettre par des gens qui n’ont en vue que leur intérêt particulier, une question d’intérêt général comme la participation de la femme à la politique.
Un décret ministériel ferait facilement des Françaises des citoyennes actives.
Ce ne sera que quand la femme aura dans la main le bulletin de vote, qu’elle sera intéressante et pourra contraindre les détenteurs du pouvoir à s’occuper d’elle.
Chaque fois que les femmes offrent leur concours aux hommes pour transformer en joie la douleur de vivre, ceux-ci les repoussent en disant: Femmes! qu’y a-t-il de commun entre vous et nous?
Lorsque les partisans de l’égalité voulurent changer l’enseigne du gouvernement, substituer le titre monarchie, ils crièrent à leurs mères qui demandaient à les aider: «Femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous?»
Les anciens serfs parvenus à la souveraineté, aimèrent mieux faire dans l’état les Françaises, leurs adversaires, que leurs coopératrices.
Après qu’ils ont enlevé aux génératrices écrasées de leur mépris tout espoir de se relever, ils semblent stupéfaits de trouver dans les masses enfantées par elles des résistances au progrès.
Leur manie de la domination les empêchera-t-elle encore de comprendre que ce ne sera qu’en unifiant la condition de l’homme et de la femme que l’on unifiera la manière de voir des Français?