Quand une moitié de la nation opprimée par l’autre moitié, est spoliée de tous ses droits, peut-on se faire prendre au sérieux par les populations lorsqu’on affirme que la France est sous le régime de la liberté et de l’égalité?

Républicains, frappez-vous la poitrine! C’est en maintenant asservies les mères que vous avez rendu inévitable l’atrophiement cérébral que vous déplorez.

Si au lieu de continuer à annihiler les femmes, vous les aviez proclamées vos égales, elles seraient devenues immédiatement vos auxiliaires, elles auraient doté les générations de la faculté de comprendre.

Il est douloureux de constater que si à l’étranger les socialistes s’efforcent de faire reconnaître l’égalité politique de la femme, en France les socialistes s’allient aux réactionnaires pour combattre cette égalité. L’entente chez nous, entre les hommes d’opinions les plus opposées pour alléguer des prétextes contre l’exercice des droits politiques de la femme, démontre que le sexe masculin profite de l’annihilement du sexe féminin.

Si l’on envisage superficiellement les choses, les hommes électeurs ont, en effet, avantage à accaparer, pour eux seuls, les bénéfices électoraux et les députés se trouvent fort bien de tenir leurs sièges de la force du nombre des femmes, sans avoir besoin d’obtenir d’elles un bulletin de vote. Mais cette poursuite égoïste du seul intérêt personnel ne fait point s’imposer la République. Elle rend intenable la position de ceux qui en bénéficient.

Pendant que les femmes, ni ne confèrent de mandats, ni ne sont représentées au Parlement, elles ne peuvent servir à créer des sièges législatifs.

Les politiquement annulées ne doivent pas être comptées en politique. Il est temps de mettre fin à la dispendieuse supercherie qui favorise l’ambition masculine en enfermant les candidats dans ce dilemme: Faire électeurs les femmes, si l’on prend les habitants pour base de l’élection des députés, ou ne prendre que les électeurs pour base de la nomination de leurs représentants, si les femmes restent exclues du droit d’envoyer des députés à la chambre.

Parmi les prôneurs de la marche en avant, combien nombreux sont ceux qui veulent progresser en tout, hormis en féminisme. On peut se demander ce qui incite l’homme à être assez ennemi de lui-même pour retarder l’ascension de celle dont, en son for intérieur il appelle la venue, pour redouter la femme qui pourra le comprendre, l’aider, l’aimer complètement et pour lui-même.

Il est bien évident que c’est faute de s’expliquer, que l’on ne s’entend pas au sujet de l’affranchissement de la femme; sans quoi, au lieu d’y être hostile, l’homme en serait le plus ardent partisan.

Parce que la femme s’élèvera, l’homme ne dérogera pas, au contraire. Il affirmera sa puissance en s’assurant de bien plus hautes destinées que s’il en conservait les mœurs ancestrales du singe des cavernes. Dès que l’on ne peut contester l’irréductibilité du tempérament masculin et du tempérament féminin, les deux sexes doivent se partager l’activité universelle parce que: «Une femme fait autrement la même chose qu’un homme» et que «les femmes ont la puissance d’accomplir dans les fonctions, jusque là remplies par des hommes, ce que les hommes n’y sauraient faire».