N’est-ce pas une amère ironie que de parler pour la femme de dignité, en même temps que de trouver bon, qu’elle soit exclue du pouvoir de se donner à elle-même sa règle et sa loi?
N’est-ce point une dérision que de se poser en défenseurs de la dignité de la femme et de laisser l’homme qui n’a pas la même organisation physiologique, donc qui ne peut voir les choses de la même manière qu’elle, penser et vouloir à sa place? Tenter de rendre l’esclave digne, s’efforcer de relever, en la laissant avilie, la moitié d’humanité! quelle contradiction!
Les demi-féministes ne veulent point voir que l’arrivée de la femme sur la scène politique renouvellerait le vieux monde en rendant presque subitement les humains aptes à comprendre leurs intérêts.
On ne peut, sans la débâillonner, faire prendre, à la muette française, sa place en la société; car elle doit dire comment elle entend penser, travailler et aimer. Malheureusement, beaucoup de ses défenseurs ne désirent lui octroyer le droit d’opiner et de légiférer, que lorsqu’elle n’en aura plus besoin.
En imagination, ils disposent tout pour la femme en la cité de l’égalité, seulement, ils négligent de la munir de la clef qui lui en ouvrirait la porte.
Etant donné que l’affranchissement féminin est subordonné au bon plaisir des législateurs, il n’est pas difficile de comprendre que ce qu’il y a pour la femme de plus pressé à réclamer est le droit de faire directement ou indirectement la loi. Car les seuls hommes amenderaient-ils le Code, que leur œuvre, encore, serait à recommencer. Les lois incomplètes sur l’instruction secondaire des filles et sur le divorce nous le prouvent.
Les députés ne légiféreraient équitablement pour les femmes que si les dispositions qu’ils prennent à leur égard, pouvaient être retournées contre eux, leur être appliquées.
Si, à l’exemple des socialistes, qui, en tous les pays font présentement se porter leurs efforts sur la conquête du pouvoir, les femmes avaient résumé leur question en cette réclamation unique—les droits politiques—elles auraient frappé les esprits et fait s’établir un courant d’opinion, qui eût hâté l’instauration du suffrage féminin. La peur qui n’ose aller droit au but, de crainte de froisser les oppresseurs, ne délivrera pas du joug les femmes.
Beaucoup de lois concernant les femmes se discutent à la Chambre. Les députés devraient bien comprendre que les femmes seraient plus que les hommes capables de régler les affaires les regardant.
Les gouvernants qui se croient infaillibles et pensent pouvoir suffire à tout, gardent le sexe féminin asservi, bien qu’ils affirment qu’aucune loi naturelle ne condamne les êtres à rester éternellement mineurs, et que, quand parmi eux des individualités sont aptes au gouvernement, c’est justice de les y appeler.