Des individualités féminines sont assurément aptes au gouvernement. Pourquoi ne les y appelle-t-on pas?

—Parce que l’on veut continuer à spolier les femmes.

Si des femmes étaient en France, députées, comme elles le sont en Finlande, le sexe féminin aurait sa part du budget. Il y aurait, inscrit à ce budget, autant d’argent pour l’instruction des filles que pour l’instruction des garçons. Autant d’argent pour donner des emplois et des sinécures au sexe féminin, que pour en donner au sexe masculin.

Les hommes manient les fonds publics sans subir de contrôle. Ils s’approprient l’argent des femmes contribuables pour s’élever au-dessus d’elles. Et après qu’ils se sont fait un piédestal de l’or des femmes, ils crient qu’ils sont leurs supérieurs: le voleur est-il le supérieur du volé?

Les Françaises, qui en la République luttent et paient, doivent comme les Français voter les budgets, afin de pouvoir s’attribuer leur part des bénéfices sociaux.

Que de problèmes seraient vite solutionnés, si l’on utilisait pour les résoudre tout l’intellect et tout l’effort humain. Malheureusement, les députés qui diffèrent d’opinion, sont d’accord pour refuser le suffrage aux femmes. Les projets de lois déposés à la Chambre en leur faveur, ne viennent jamais en discussion[12], et il n’est plus même fait de rapport sur les pétitions qui le réclament. N’est-ce pas suffisant que les femmes soient comptées pour payer les impôts et pour créer des sièges de députés?

Quelle place énorme prendrait dans l’histoire, un ministère, qui, par un décret assimilerait pour le droit, comme pour les charges, les femmes aux hommes.

Sans la sollicitude des femmes, comment pourrait-on faire de l’ordre dans la société?

Les députés, des hommes, ont certainement le désir d’améliorer le sort des masses, mais l’annulement de plus de la moitié de la nation, en leur enlevant le concours de l’humanité intégrale, les mettra dans l’impossibilité de tenir leurs promesses.

Parce que les femmes manquent dans les Comités électoraux, dans les assemblées administratives et législatives, les députés ne pourront donner satisfaction aux hommes; et les électeurs iront augmenter le nombre de ceux qui soutiennent que les grandes transformations sociales seront seulement possible, quand la propriété individuelle sera devenue collective.