Il n'y a point d'homme sensé, qui ait lu les Livres du Nouveau Testament, pour s'instruire dans la connoissance de la Vérité, qui n'avoue que Grotius a renfermé dans ses 2. & 3. Livres les motifs de crédibilité les plus forts que la Vérité puisse présenter à l'Esprit. C'est pourquoi celui qui désire son salut, & d'arriver un jour à l'Immortalité bienheureuse, doit s'atacher à la Doctrine renfermée dans ces Livres pour en faire l'objet de sa foi; pratiquer les Préceptes qu'elle lui impose, & fixer toute son espérance, sur les biens qu'elle lui promet. Autrement celui qui paroîtroit convaincu de la vérité de la Religion Chrétienne, & qui n'auroit pour sa Doctrine, ses préceptes, & ses promesses ni l'obéissance, ni la foi, qui leur sont dues, tomberoit en contradiction avec soi-même, & prouveroit qu'il n'est Chrétien, ni de coeur, ni d'esprit.

Or entre les préceptes que Jésus-Christ & les Apôtres nous ont donné, il y en a un qui nous oblige à confesser publiquement [1]devant les hommes, que nous sommes ses Disciples, si nous voulons qu'il nous reconnoisse au dernier jour lorsqu'il viendra pour juger les Vivans & les Morts; au contraire si nous refusons de le reconnoître devant les hommes pour notre Maître, il refusera de nous avouer pour ses disciples. [2]Jésus-Christ n'a pas voulu que ceux qui s'atacheroient à lui fussent des Disciples cachés, qui parussent avoir honte de sa Doctrine, & sur qui l'estime des hommes ou leurs bienfaits, leurs menaces & les supplices mêmes fissent plus d'impression que ses préceptes, & les promesses qu'il leur fait de leur donner la Vie éternelle. Mais il a voulu que ceux qui sont Chrétiens en fissent une profession publique, pour porter tous les hommes à embrasser la vraye Religion, & que si la Providence le jugeoit à propos, ils scellassent par leur mort la profession de leur foi [3]remettant leurs Ames entre les mains de Dieu, pour montrer qu'ils préférent ses préceptes à toutes choses. C'est ce qui a fait dire à St. Paul [4]que si nous confessions le Seigneur Jésus de notre bouche, & que nous croyions dans nos coeurs que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, nous serons sauvés; car de coeur, ajoûte-t-il, on croit pour obtenir la justice, & de bouche l'on confesse pour avoir le Salut; car l'Écriture dit, que tous ceux qui croiront en lui, n'en auront point de confusion. Sur ce principe, il faut que celui qui reconnoît la Religion Chrétienne pour véritable découvre ses sentimens & sa foi, sans déguisement & sans crainte, lorsque l'occasion s'en présente.

Note 1:[ (retour) ] Devant les hommes &c. C'est Jésus-Christ qui parle Matt. X. 32. Où il dit Quiconque fera profession d'être à moi, devant les hommes; je le reconnoîtrai pour mien, devant mon Pére, qui est au Ciel. Mais quiconque niera d'être à moi, devant les hommes; je nierai aussi qu'il soit à moi, devant mon Pére, qui est au Ciel. Vol. 2. Tim. II. 12. Apocal. III. 5.

Note 2:[ (retour) ] Jésus-Christ n'a pas voulu. C'est pourquoi il dit Matt. V. v. 14. Que ses Disciples sont la lumiére du Monde; qu'une Ville située sur une montagne, ne sauroit être cachée, qu'on n'allume point une lampe, pour la mettre sous un boisseau, mais sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison &c.

Note 3:[ (retour) ] Remettant leurs Ames. Luc XII. 4, Jésus-Christ. nous deffend de craindre ceux qui tuent le Corps, & qui après cela n'ont plus rien à vous faire davantage & il nous ordonne de craindre celui qui, après qu'on a été tué, a le pouvoir de jetter dans la gêne. Il prédit à ses Disciples Matt. X. 39. & suivans une infinité de maux, de toute espéce, leur disant que celui qui aura conservé sa vie, la perdra & celui qui aura perdu sa vie, à cause de lui, la trouvera. Préceptes auxquels les premiers Chrétiens ont obéi avec une fidélité constante, puisque le glorieux témoignage qu'ils ont rendu à la vérité de l'Évangile, les a fait appeller Martyrs, c'est-à-dire Témoins.

Note 4:[ (retour) ] Si nous confessions. Rom. X. 9, 10, 11.

Ensuite l'on doit s'atacher à connoitre ceux qui sont du même sentiment, & [5]entretenir avec eux une union parfaite, une paix profonde, & une amitié tendre & sincère, puis que la marque à laquelle Jésus-Christ veut que ses Disciples soient reconnus, c'est de s'aimer les uns les autres, & de se rendre mutuellement tous les services dont ils sont capables. Il les a même exhortez, [6]de s'assembler en son nom, leur promettant que lorsque deux, ou trois Chrétiens seroient dans un même lieu en son nom, il seroit au milieu d'eux; ce qui fait qu'outre que ces Assemblées mutuelles entretiennent & fortifient l'union & la charité, elles contribuent [7]à perpétuer la Doctrine, qui pourroit varier, s'il étoit permis à chaqu'un de conserver sa foi en particulier, sans que personne en fût témoin; car ce qui est caché s'oublie facilement, & disparoît peu-à-peu, mais Jésus-Christ a voulu que sa Doctrine, & les Églises que la suivroient, durassent jusqu'à la fin du Monde, afin de continuer à répandre ses grâces & ses bénédictions sur les hommes.

Note 5:[ (retour) ] Entretenir avec eux &c. Jean. XIII. 34, 35. Je vous fais un nouveau commandement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres; afin que vous vous entr'aimiez, comme je vous ai aimez. Si vous avez de l'amour les uns pour les autres, tout le monde connoîtra à cela que vous êtes mes Disciples. Vol. 2. Jean. II. 7. III. 11. 16. 23.

Note 6:[ (retour) ] De s'assembler en son nom. Matt. XVIII, 19, 20.

Note 7:[ (retour) ] À perpétuer la Doctrine. C'est ainsi que les Philosophes ont transmis leur Doctrine à la Postérité, la faisant enseigner dans les Écoles publiques, mais les Églises Chrétiennes unies ensemble par des liens plus étroits, & plus forts transmettent avec plus de certitude & de facilité la Doctrine qu'elles ont reçue de leur Maître, ce qui ne pourroit se faire sans Assemblées. Pythagore voulut éprouver ce moyen, mais il le tenta inutilement, parce que sa Doctrine n'avoit rien de céleste. Voi Laërce & Jambliq.