Note 15:[ (retour) ] Tous les Chrétiens. Dans l'explication que nous venons de donner de la Doctrine Chrétienne, nous avons suivis l'ordre du Symbole appelé des Apôtres, évitant tous les termes contestés parmi les Chrétiens, parce qu'il s'agissoit des choses dont ils conviennent tous; cependant nous ne condamnons point comme faux ce qui peut y être ajoûté par voye d'explication ou de confirmation. Au contraire nous louons le travail & les soins de ceux qui nous ont communiqué leurs lumieres sur ce sujet, ne doutant point qu'on n'ait découvert & qu'on ne découvre encore plusieurs choses pour l'éclaircissement de ces Vérités. C'est pourquoi Tertullien a très-judicieusement pensé lorsqu'il a dit sur ce sujet dans son Livre de Virginibus velandis. Chap. I. La Régle de la foi est une seule dont la fermeté est invariable, savoir de croire en un seul Dieu Tout-puissant, Créateur du Monde, & en son Fils Jésus-Christ, né de la Vierge Marie, crucifié sous Ponce Pilate, résuscité des Morts le 3. jour, monté au Ciel, à présent assis à la dextre de Dieu, d'où il viendra juger les Vivans & les Morts par la résurrection de la chair. Cette Régle de la foi demeurant immuable, les autres Points de la Discipline, ou de la Doctrine, & de la conduite des moeurs, peuvent être rectifiés sous l'assistance & la direction particuliére la grace de Dieu &c.
Si l'on se rend attentif sur cette Doctrine, & qu'on pése les raisons qui prouvent la vérité de la Religion Chrétienne, on verra d'abord (ce qu'il est essentiel de bien remarquer) que la solidité de ces preuves ne porte pas sur les Points contestés, & qui divisent le Monde Chrétien, comme nous l'avons déjà insinué.
§ V. De quelle source chaqu'un doit tirer la connoissance de la Religion Chrétienne.
Un homme sage & prudent qui verra les Chrétiens disputer sur certains Points particuliers, & s'accorder unanimement sur d'autres, comprendra qu'il ne doit pas puiser la Religion Chrétienne dans une source équivoque & douteuse, mais dans celle dont ils reconnoissent tous unanimement la pureté. Or cette source ne peut être la Confession de Foi d'aucune Église particulière, mais les seuls Livres du Nouveau Testament qu'ils regardent tous comme très-véritables. Il est vrai qu'il se trouve des Chrétiens qui prétendent que ces Livres ne peuvent être entendus, qu'en y joignant la Doctrine de leurs Églises; mais d'autres s'inscrivent en faux contre ce sentiment, & tout ce qu'on peut dire sur ce sujet, c'est qu'une Opinion devient suspecte lorsqu'elle n'a pour apui que le témoignage de ceux qui la soutiennent, & qui ont un intérêt particulier à l'établir. D'autres avancent qu'il faut un secours extraordinaire du S. Esprit non seulement pour croire à l'Ecriture, ce qu'on accorde sans peine; mais aussi pour comprendre le sens des vérités qu'elle renferment, ce qu'ils auroient de la peine à prouver; mais supposons-le, pourveu que tous ceux qui lisent les Livres du Nouveau Testament dans le dessein de connoître la Vérité, avouent que dans ces dispositions Dieu leurs accorde cet Esprit par un effet de sa bonté, il n'y aura plus de disputes sur ce Point; chaqu'un agissant avec prudence & sans danger pourra puiser dans la lecture de ces Livres la connoissance de la Religion Chrétienne, en se servant des moiens qui sont utiles & necessaires pour les entendre, ce que nous n'examinons pas ici.
Tous ceux qui croyent que Dieu a pleinement révélé sa volonté par Jésus-Christ, dans les Livres du Nouveau Testament, se trouvent indispensablement obligés d'embrasser toutes les choses que ces Livres lui proposent comme l'objet de sa Foi; de son Espérance, & de ce qu'il doit faire & pratiquer; car celui qui s'atache à Jésus-Christ & le regarde comme son Docteur dans la foi, doit recevoir & s'atacher à tout ce qu'il a enseigné, sans qu'il puisse admettre aucune exception en recevant une partie de sa Doctrine & rejettant l'autre. Tels sont tous les Dogmes que j'ai raporté ci-dessus, & dont tous les Chrétiens conviennent ensemble d'un consentement parfait.
À l'égard des autres Points sur lesquels ils disputent, n'ayant pas la même évidence, un homme qui craint Dieu & qui a de la piété peut & doit examiner toutes choses & suspendre son jugement jusqu'à ce qu'il en ait une connoissance plus exacte; car il y auroit de l'imprudence d'admettre ou de rejetter des choses dont on ne connoîtroit ni la vérité ni la fausseté, puisque le salut éternel n'est pas promis dans les Livres du Nouveau Testament à celui qui embrassera un sentiment controversé plutôt que l'autre, mais à celui qui recevra d'esprit & de coeur les Points fondamentaux de la Doctrine Chrétienne que nous avons raporté.
§. VI. Qu'on ne doit prescrire aux Chrétiens que ce qui est tiré du Nouveau Testament.
On ne peut donc de droit [16]obliger les Chrétiens à recevoir que les choses qu'ils croyent contenues dans les Livres du Nouveau Testament, pour pratiquer celles qui y sont commandées, & éviter les autres qui y sont défendues. Si l'on prétend leur imposer d'autre Loi, c'est sans en avoir ni le droit ni l'authorité. Car qui est le Juge équitable qui puisse obliger le Chrétien à croire qu'un Dogme est émané de Jésus-Christ, lorsqu'il n'en trouve aucun fondement dans le moien par lequel Dieu nous a transmis la révélation, de l'aveu de tous les hommes? Supposons qu'il y ait d'autres Dogmes qui soient vrais, ils ne peuvent avoir aucun motif de crédibilité dans l'esprit de celui, qui les voyant admis par les uns & contestés par les autres, prendra un milieu plus seur en s'atachant aux Livres du Nouveau Testament, comme à la source de la Révélation, sans vouloir entrer en discussion des Points disputés. Pendant qu'il se tient ferme à ce sentiment, on n'a aucun droit de lui demander autre chose, & il ne changera point jusqu'à ce qu'il soit persuade qu'on peut trouver dans une autre source la connoissance du Christianisme, ce que je ne croi pas qu'on puisse faire.
Note 16:[ (retour) ] Obliger de droit. C'est à quoi se raporte ce que Jésus-Christ nous dit Matt. XXIII. 8. & suiv. Mais pour vous, ne vous faites pas appeller, mon maitre; car vous n'avez qu'un seul maitre, savoir, le Christ, & vous êtes tous fréres! Ne nommez personne vôtre Pere sur la terre, car vous n'avez qu'un seul Pére; savoir, celui qui est au Ciel. Ne vous faites pas appeller conducteurs; car vous n'avez qu'un seul conducteur; savoir, le Christ. Voi. Jaq. III. 1. Apoc. III. 7. Où il est dit que Christ a la clef de David, qui ouvre, savoir le Ciel, & que personne ne ferme, qui ferme & que personne ne peut ouvrir. Or si Jésus-Christ doit être le seul objet de la foi, & que le Nouveau Testament renferme toute la Révélation qu'il a apporté sur la terre, il s'ensuit que toute la foi du Chrétien doit porter sur ces Livres.
[17]Si quelqu'un vouloit donc ôter aux Chrétiens les Livres du Nouveau-Testament, ou y ajoûter des choses dont ils n'ont aucune certitude, il ne doit pas être écouté, puisqu'il démande ce que la prudence deffend d'accorder, en voulant nous obliger à croire des choses dont nous ne sommes pas certains, & à en omettre d'autres que tout le monde regarde comme certainement révélées. Il n'est pas nécessaire à chaqu'un d'entrer dans un détail circonstancié de toutes les Controverses, ce qui demanderoit une discussion presqu'infinie, & ne peut convenir qu'aux Savans qui consacrent leurs veilles à cette étude, & qui ont du tems pour le faire. Celui qui veut nous forcer à croire ce que nous ne pouvons pas, nous chasse de sa Communion, parce qu'on ne peut faire violence à la foi, & qu'un homme craignant Dieu & qui aime la Vérité, n'aura jamais la criminelle complaisance pour qui que ce soit de faire profession d'une chose qu'il ne croit pas.