Note 17:[ (retour) ] Si quelqu'un vouloit. C'est ce que prouvent les paroles de S. Paul. Gal. I. 8. Mais si nous vous annoncions, ou si un Ange du Ciel vous annonçoit, autre chose, que ce que nous vous avons évangélisé, que nous & lui soions anathème. Certainement il ne convient à personne de vouloir ajoûter à l'Evangile ce qu'il croiroit nécessaire, ou en retrancher ce qu'il regarderait comme inutile.
Ceux qui sont d'un sentiment contraire nous objectent, que si chaqu'un à la liberté de juger des Livres du Nouveau Testament, on verra bientôt autant de Religions que de Chapitres, & que la vérité qui est unique sera opprimée par la multitude des Erreurs. Avant de produire des Objections, & de combatre le sentiment que nous avons établi ci-dessus, & qui est apuïé sur les raisons les plus fortes, je croi qu'il faudroit avoir renversé nos principes puis que ces principes étant toûjours les mêmes, la Doctrine qu'ils soutiennent demeure inébranlable comme il est facile de le prouver. Car s'il s'ensuit quelque difficulté de ce que nous avons établi, la vérité n'en est pas moins certaine jusqu'à ce qu'on ait montré que nos principes ne sont ni vrais, ni solides. Mais sans aller plus loin sur ce sujet, nous disons qu'il est faux que la Révélation du Nouveau Testament soit si obscure qu'un homme d'un esprit sain, & qui cherche avec ardeur & sincérement la Vérité, ne puisse y trouver, & n'y trouvé effectivement, les Points fondamentaux de la Religion Chrétienne, ce qui est prouvé par l'expérience, puisque tous les Chrétiens, comme nous l'avons montré, se trouvent sur ce sujet d'un contentement unanime, ce que Grotius a remarqué au §. XVII. de son II. Livre. Nous ne parlons pas ici de ceux qui ont le Cerveau blessé ou le coeur corrompu, nous portons nos veues sur les Communions entiéres des Chrétiens, qui quoique devisées & animées par des disputes continuelles, s'accordent toutes sur ce Point.
§. VII. Qu'on doit admirer la Providence de Dieu dans le soin qu'il a pris de conserver la Doctrine Chrétienne.
L'on doit admirer sur ce sujet, comme sur une infinité d'autres qui concernent la conduite & le Gouvernement de l'Univers, la Providence particuliére de Dieu, qui au milieu de tant de disputes qui ont été autrefois, & qui continuent encore aujourd'hui, a cependant toûjours conservé les Livres du Nouveau Testament dans toute leur pureté, afin de rétablir par ce moien la Doctrine Chrétienne toutes les fois qu'elle seroit altérée; nous ayant transmis ce Thrésor tout entier, mais ayant conservé la Doctrine qu'il renferme, au milieu de cette Mer orageuse de disputes, de sorte que les Points essentiels ne se sont jamais éclipsés de la memoire des Chrétiens.
Une partie considérable de Chrétiens prétend, que dans les siécles qui ont précédé, plusieurs Erreurs se sont imperceptiblement introduites & glissées dans les Écoles, ce que les autres nient, ce qui a causé en Occident cette séparation qui a divisé le Monde Chrétien en deux parties presqu'égales, seize cens Ans après la naissance de Jésus-Christ; cependant dans ces siécles mêmes, où l'Erreur a séparé une partie des Chrétiens de l'autre, & où ils se reprochent avec vérité les ténèbres, la corruption & les vices qui régnaient alors, le principaux Points de la Religion Chrétienne, que nous avons raporté, sont toûjours demeurez invariables sans vicissitude ni changement.
[18]Il n'y a point de siécle si ténébreux & si corrompu qui ne fournisse la preuve de cette vérité en lisant les Écrivains de ce tems là dont nous avons encore les Ouvrages. J'avoue, car il ne s'agit pas de dissimuler, qu'on a introduit dans la Théologie Chrétienne plusieurs choses étrangéres, inconnues, & qu'on a joint aux Écrits du Nouveau Testament; c'est pourquoi l'Evangile, cette semence de régénération n'a pas porté tant de fruits qu'elle eût fait, si on eût écarté les ronces, les épines des chicanes Scolastiques, qu'on peut comparer à de mauvaises plantes que la main du Pere Céleste n'a point planté. Les vices ont accompagné l'Erreur, non seulement on les a commis, mais on les a toléré, & canonisé dans la suite; cependant cette sainte Doctrine a toûjours été conservée pure & entiére dans les Livres du Nouveau Testament, & tous les Chrétiens s'accordent sur ce sujet. C'est pourquoi l'on a veu paroître dans la suite des hommes illustres qui se sont vivement oposés aux vices & aux Erreurs de leur siécle, qui les ont repris & censurés, & ont eu assés de zéle & de fermeté pour se roidir contre le torrent. C'est par ce moien que Dieu selon sa promesse a empêché [19]que les portes de l'enfer ne prévalussent contre son Eglise, c'est-à-dire qu'il n'a jamais permis qu'il ne restât aucune Assemblée dans laquelle la Doctrine Chrétienne ne subsistât dans toute sa pureté, quoi qu'il s'y trouve quelques Dogmes particuliers quelquefois plus obscurs ou plus clairs. Or il est certain, pour le remarquer en passant, que si cette Doctrine ne fût émanée de Dieu, elle ne se fût jamais sauvée d'un déluge de vices & d'erreurs qui l'ont toûjours environnée; mais elle eût été renversée de fond en comble & ensevelie sous les variations, les caprices, & les vicissitudes de l'Esprit humain.
Note 18:[ (retour) ] Il n'y a point de siécle. Les Partisans de Rome, & ceux qui en sont séparés conviennent qu'il n'y a point eu de siécles plus malheureux que le 10. & 11. Cependant si quelqu'un veut lire ce que les Écrivains de ces siécles infortunés nous ont laissé dans la Bibliothèques des Peres, il y trouvera tous les Dogmes que nous avons raportés dans la § IV. Bernard Abbé du Monastère de Clervaux & qui vivoit au commencement du 12. siécles. Ce grand homme dont quelques-uns relévent avec tant d'Éloges la constance, l'érudition, la piété, & dont les Ouvrages transmis aux siécles futurs n'ont jamais été condamnés, raporte dans ses Écrits, les Points fondamentaux de la Doctrine Chrétienne. Les siécles qui ont suivi jusqu'au 16. prouvent la même Vérité, & ceux qui se sont écoulés depuis ce tems là ne laissent aucun doute sur ce sujet.
Note 19:[ (retour) ] Les portes de l'Enfer, ou du Sépulchre. C'est ainsi que nous avons traduit le terme, grec πύλας άδα, parce que ce terme & l'expression hébraique Scheol à laquelle il répond, n'a jamais signifié dans l'Écriture un Démon, mais seulement le sépulchre ou l'état des morts, comme, Grotius & d'autres l'ont remarqué, d'où l'on peut conclure qu'il y aura toûjours quelqu'Assemblée, qui conservera les Points fondamentaux de la Doctrine Évangélique.
§. VIII. L'on répond à la question, pourquoi Dieu a permis qu'il y eût des Erreurs & des disputes entre les Chrétiens.
L'on pourroit peut-être nous objecter ici, qu'il sembleroit que la Providence eût veillé avec plus de soin à conserver la Doctrine Chrétienne, si Dieu eût prévenu par sa toute-puissance les Erreurs qui ont été, & qui règnent encore aujourd'hui parmi les Chrétiens, & qu'il eût maintenu au milieu d'eux la vérité, la concorde & la paix. Mais nous apartient-il de prescrire à Dieu les Loix qu'il doit suivre afin que les choses soient mieux réglées dans le Gouvernement de l'Univers? Au contraire n'est-ce pas à nous à penser que Dieu qui est souverainement sage a eu des raisons particulieres pour souffrir ce qu'il a souffert, quoique ces veues qui sont impénétrables soient incompréhensibles à l'Esprit humain. Mais si l'on peut découvrir quelques raisons probables qui ont engagé Dieu à agir comme il a fait, nous devons croire que ces raisons & d'autres plus importantes l'ont déterminé à permettre & souffrir ce que nous voions sous nos yeux.