Note 42:[ (retour) ] Sur les montagnes Gordiées. Les Interprétes Chaldaïques ont rendu l'Ararath de Moyse par Cardu; Joséphe par Cordiées; Q. Curce les appelle Cordées; Strabon, Pline, & Ptolomée, Gordiées.

Pour achever de parcourir l'histoire de Moyse, [43]Japétus, pére des Européens, Jon, ou comme on l'écrivoit autrefois, Javon, le pére des Grecs, & [44]Hammon qui peupla le premier l'Afrique, sont visiblement le Japhet, le Javan, & le Cham de la Genése.[AF] Joséphe[45] & beaucoup d'autres ont découvert dans les noms de quantité de Peuples & de Païs, des traces de ceux qui se trouvent dans ce même livre.[46] L'entreprise téméraire des Géans & leurs guerres contre les Dieux, si fameuses chez les Poëtes, n'est qu'un déguisement de l'histoire de la tour de Babel[x]. [47]Diodore de Sicile,[48] Strabon,[49] Tacite[y], Pline[z] & Solin, font mention de l'embrasement de Sodome.[50] Hérodote[aa], [51]Diodore, [52]Strabon, Philon[ab], & avec eux,[53] des Nations entiéres issues d'Abraham, les Hébreux,[54] les Iduméens,[55] & les Ismaëlites, confirment ce que Moyse nous aprend de la circoncision. L'histoire qu'il fait d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, & de Joseph, se trouvoit autrefois, non seulement dans ce que Philon avoit traduit de Sanchoniaton, mais aussi dans les ouvrages[56] de Bérose,[57] d'Hécatée,[58] de Nicolas de Damas, d'Artapan, d'Eupoléme, de Démétrius, & dans[59] les Vers Orphiques. On en voit encore aujourd'hui une partie,[60] dans l'abrégé que Justin a fait des livres de Trogue Pompée.[61] Presque tous ces Auteurs ont aussi parlé de Moyse & de ses actions. Les Vers Orphiques disent expressément qu'il fut tiré des eaux, & qu'il reçut de Dieu deux tables. On voit dans Eusébe un Fragment[62] de Polémon, qui raporte en peu de mots la sortie des Israëlites hors de l'Égypte; & ce même événement se trouve dans[63] Manéthon, dans Lysimaque, & dans Chérémon, Auteurs Egyptiens citez par Joséphe.

Note 43:[ (retour) ] Japétus est le Japhet &c. La lettre פ se prononçoit tantôt comme un π, p, tantôt comme un φ, ph.

Note 44:[ (retour) ] Hammon qui peupla le premier l'Afrique est le cham &c. On est une terminaison que les Grecs ont ajoûté au mot de Cham. Ils rendent aussi la lettre ת ch. par un simple h; quelquefois même ils l'omettent. St. Jérôme dit que les Egyptiens appeloient encore de son tems l'Égypte Cham.

Note AF:[ (retour) ] Bochart l'a fait d'une maniére à laquelle on ne peut rien ajoûter; mais son livre n'avoit pas encore paru lors que Grotius fit celui-ci. TRAD.

Note 45:[ (retour) ] Joséphe a découvert dans les noms &c. Selon lui, de Gomer est la Galatie, où Pline met une ville nommée Comara. De Magog, sont les Scythes, qui ont bâti dans la Sytie la ville de Scythopolis, & de plus une autre ville que Pline liv. V ch. 25. appelle Magog, d'autres Hiérapolis & Bambyce. Il est visible que de Medai sont venus les Médes, de Javan les anciens Grecs, qui s'appelloient Ioniens ou Iaoniens comme on le lit dans les anciens Auteurs. De Chabal sont venus les Ibériens peuples d'Asie dans le voisinage desquels Ptolomée met la ville de Thabilaca. De Mésec, vint la ville de Mazaca, dont parlent Strabon liv. XII. & Pline liv. VI. ch. 3. Et de plus les Mosches. De Thiras vient le nom & le peuple de Thrace. L'Auteur ajoute à cela plus de 50 noms, sur lesquels il fait les mêmes remarques. Ceux qui sont curieux de ces recherches ont déjà lu cet article. C'est pourquoi je ne le traduirai pas, d'autant plus qu'il est chargé d'une critique qui a meilleure grâce en Latin qu'en François.

Note 46:[ (retour) ] L'entreprise téméraire des Géans &c. Homére Iliad. 1. XI. Virgile Géorg. 1. I. Lucain, Pharsale l. VII. Ovide Métamorph. liv. I. ont dit que les Géans ont tâché de se rendre maîtres du Ciel. Cette fable est fondée sur la vérité. Le raport de cet atentat des Géans contre le Ciel est fondé sur le langage courant de toutes les Nations, selon lequel, tout ce qui est d'une hauteur extraordinaire, telle que celle de cette tour, est dit aller, s'élever jusqu'au Ciel. Joséphe cite ce passage d'une certaine Sibylle. «Tous les Hommes n'ayant alors qu'une même langue ils batirent une tour si haute, qu'il sembloit qu'elle dût s'élever jusques dans le Ciel. Mais les Dieux excitérent contre elle une si violente tempête qu'elle en fut renversée, & firent que ceux qui la bâtissoient parlérent en un moment diverses langues; ce qui fut cause qu'on donna le nom de Babylone à la ville, qui a été depuis bâtie en ce même lieu.» Eusébe Prépar. liv. IX. ch. 4. cite un passage d'Abydène qui porte la même chose. Bérose nous aprend aussi que les Grecs se sont trompez, lors qu'ils ont dit que c'étoit Sémiramis qui avoit bâti Babylone.

Note x:[ (retour) ] Diodore de Sicile, Historien Grec, vivoit sous Jules Cesar & Auguste 60 ans avant J.C. TRAD. DE PAR.

Note 47:[ (retour) ] Diodore de Sicile, &c. Liv. XIX. après avoir décrit le Lac Asphaltite, ou la mer morte; «parce que les lieux d'alentour, dit-il, sont pleins d'un feu caché, & jettent une odeur fort mauvaise, ceux qui habitent près de là sont fort sujets à des maladies & ne vivent pas long tems.»

Note 48:[ (retour) ] Strabon liv. XVI, après avoir parlé de ce même Lac, ajoûte «Pour prouver qu'il y a dans ces endroits des feux qui minent la terre, ils montrent auprès de Moasas des pierres âpres, raboteuses, & brûlées. Ils font remarquer que la terre est en plusieurs lieux coupée de cavernes, & toute cendreuse; que les pierres y distillent la poix; qu'il y a quelques riviéres qui bouillent, & qui rendent une odeur puante. Cela prouve assez bien la vérité d'une certaine tradition que ces Peuples ont. Ils disent qu'autrefois il y avoit dans cette contrée treize villes; que Sodome dont on voit encore aujourd'hui l'enceinte, grande de soixante stades, en étoit la Capitale. Mais que le feu & les eaux bitumineuses qui sortirent de terre par un grand tremblement, firent paroître ce Lac que nous nommons Asphaltite, embrasèrent les pierres, engloutirent une partie de ces treize villes, & rendirent les autres désertes en contraignant les habitans de fuir.»