Note 63:[ (retour) ] Manéthon, Lysimaque & Chérémon. Ce que ces Auteurs ont écrit là-dessus est rempli de fables, & il ne s'en faut pas étonner, puis que les Egyptiens ont toujours été ennemis jurez des Juifs. Ce que l'on peut recueillir de plus raisonnable de ce qu'il nous reste d'eux, c'est que les Hébreux, issus des Chaldéens, étant maîtres d'une partie de l'Égypte, y avoient fait le métier de Berger: mais que les Egyptiens les ayant traitez en esclaves & acablez de travail, ils sortirent de ce Païs acompagnez de quelques Egyptiens & sous la conduite de Moyse: qu'ayant passé les déserts de l'Arabie, ils étoient enfin arrivez dans la Palestine, & s'étoient fait une Religion toute diférente de celle des Egyptiens.
Faisons; en passant, une réflexion sur tout cela. C'est qu'il ne tombera jamais dans l'esprit d'un homme sensé, que Moyse, étant environné[64] d'Egyptiens,[65] d'Iduméens,[66] d'Arabes, & [67] de Phéniciens, tous ennemis des Israëlites, eût jamais osé écrire sur la naissance du Monde & sur tout ce qui s'étoit passé jusques à son tems, des choses qu'on eût pu réfuter par d'autres livres plus anciens, ou qui eussent choqué la créance reçue & universelle; ni qu'il eût été assez hardi, pour avancer des Faits comme arrivez de son tems, si ces Faits eussent pû être démentis par des Nations entiéres.
Note 64:[ (retour) ] D'Egyptiens ennemis des Israëlites. 1. parce que ceux-ci les avoient quitez malgré eux. 2. parce qu'ils avoient renoncé à leurs cérémonies sacrées.
Note 65:[ (retour) ] D'Iduméens. A cause de la haine que les deux Chefs de ces Nations s'étoient portée l'un à l'autre, & qui vivoit encore dans leurs descendans: de là vient que les Iduméens refusérent le passage aux Israëlites, Nomb. XX. 14.
Note 66:[ (retour) ] D'arabes. C'étoient ceux qui étoient issus d'Ismaël.
Note 67:[ (retour) ] De Phéniciens. Ce sont les Cananéens &c. avec qui les Hébreux ont eu une guerre éternelle.
A ces Auteurs déjà allêguez, qui ont fait mention de Moyse, il faut joindre[68] Diodore de Sicile,[69] Strabon,[70] Pline,[71] Tacite, &[72] Longin[ac] dans son Traité du Sublime. On voit non seulement dans les Auteurs du Talmud, mais aussi dans Pline & dans Apulée[ad],[73] le nom de ces deux Magiciens qui résistérent à Moyse.[74] Plusieurs Auteurs ont parlé de la Loi, & en particulier, des Ordonnances cérémonielles, que ce Législateur a établies: & Pythagore même, au raport d'Hermippus, en a tiré beaucoup de choses lesquelles il a adoptées. Enfin[75] Strabon &[76] Justin rendent à la piété & à la justice des premiers Juifs, de magnifiques témoignages.
Note 68:[ (retour) ] Diodore de Sicile. Moyse a dit qu'il avoit reçu ses loix du Dieu que les Juifs apellent Jao. Ce Jao n'est autre que Jéhova. Philon Juif nous aprend que les Tyriens rendoient ce nom par celui de Jevo. Clement Alexandrin dit que d'autres Peuples l'exprimoient par celui de Jaou, & l'on voit dans Théodoret que les Samaritains l'écrivoient ainsi, Jabai. Cette diversité vient de ce que les Orientaux exprimoient les mêmes mots, les uns avec de certaines voyelles, les autres avec d'autres: & c'est de là que vient cette grande diversité que l'on voit dans les noms propres du vieux Testament. Philon a fort bien remarqué que ce mot de Jehovah, marquoit l'existence de Dieu. L'exhortation aux Grecs atribuée à Justin Martyr, nomme encore beaucoup d'autres Auteurs Payens qui ont parlé de Moyse.
Note 69:[ (retour) ] Strabon. Dans son liv. XVI. Il donne cet abrégé de la doctrine de Moyse, dans lequel le vrai est mêlé avec le faux. «Il enseignoit que les Egyptiens avoient tort de représenter la divinité par des Images d'animaux: que les Grecs & les Africains n'avoient pas plus de raison de lui atribuer une forme humaine: que Dieu n'est autre chose que ce que nous apellons le Ciel, le Monde & la Nature. Peut-on donc, disoit-il, le représenter par les Images des choses que nous voyons autour de nous? Ne vaut il pas mieux le servir sans le peindre, se contenter de lui bâtir un Temple, & dans ce Temple un Sanctuaire magnifique, & l'adorer là sans y faire intervenir aucune figure? Il ajoûte que c'est là le sentiment de tous les gens de bien: que Moyse institua des cérémonies qui n'engageoient pas à trop de dépenses & où rien ne ressentoit un emportement de fureur religieuse. Il parle ensuite de la circoncision, des viandes défendues, &c. & après avoir montré que naturellement l'homme aime la société, il dit que les loix divines sont les plus propres à établir cette société.
Note 70:[ (retour) ] Pline, liv. XXX. ch. I. Il y a encore une autre Secte de Magiciens. C'est celle que Moyse a fondée.