Note AH:[ (retour) ] Il est aisé de tromper des gens qui n'ont aucun intérêt à se défendre de l'illusion, sur tout si l'on a la prudence de ne pas choquer grossiérement la déposition des sens & de l'expérience, & qu'on n'entreprenne pas de leur persuader qu'ils ont vu, ce qu'éfectivement ils n'ont su ni pu voir. ADD. DU TRAD.
Je n'alleguerai que deux exemples des témoignages que les Payens ont rendu aux miracles de l'Écriture. L'histoire du séjour que Jonas fit dans le ventre d'un grand poisson.[78] se trouve dans Lycophron & dans Enéas de Gaza. Il est vrai qu'ils attribuent cela à Hercule. Mais Tacite & plusieurs autres ont remarqué, que c'étoit assez la coutume des Anciens de faire honneur à ce Héros, de tout ce qu'ils savoient de grand & de merveilleux. La force de la vérité a fait avouer à l'Empereur Julien, ennemi juré des Juifs aussi bien que des Chrétiens,[79] que ce Peuple avoit eu des Hommes divinement inspirez, & que les sacrifices de Moyse & d'Elie avoient été consumez par un feu descendu du ciel.
Deut. XIII. 5.
Note 78:[ (retour) ] Se trouve dans Lycophron. Ce Poëte représente Hercule tout vif dans le ventre d'un poisson qu'il apelle le cruel chien de Triton, ayant la tête tout en sueur, & remuant le foye de ce poisson dans son vaste corps, comme dans une chaudiére, et sur un foyer sans feu. Sur quoi le Commentateur Tzetzès dit, Il parle ainsi parce qu'il fut trois jours dans le ventre d'une Baleine, ou d'un grand poisson. Æneas[AI] Gazæus, Hercule fut sauvé d'un naufrage par le moyen d'un monstre marin qui l'engloutit.
Note AI:[ (retour) ] Le texte du Traité portoit Hazoüs au lieu de Gazæus.
Note 79:[ (retour) ] Que ce peuple avoit eu des Hommes divinement inspirez, et que les sacrifices &c. Ce double aveu de Julien se trouve dans S. Cyrille; le premier liv. III. le second, 1. X. «Vous ne voulez pas sacrifier, dit Julien aux Chrétiens. C'est, sans doute, parce que le feu ne descend plus du ciel pour consumer les victimes, comme du temps de Moyse: mais ne voyez-vous pas que cela n'est arrivé que deux fois, l'une sous Moyse, l'autre, du tems d'Elie le Thisbite? Ménandre dans l'Histoire des Phéniciens parloit de cette grande sécheresse qui arriva pendant qu'Elie fleurissoit, et la raportoit au tems d'Ithobal, Roi de Tyr.
Je finirai toutes ces considérations par deux remarques; l'une, sur les Prophètes; l'autre, sur l'Oracle du Pectoral que portoit le souverain Pontife. Le soin que le Législateur des Juifs avoit pris d'empêcher, qu'il n'y eût des gens assez téméraires pour s'arroger faussement le titre et la charge de Prophéte, et les peines qu'il avoit décernées contre cet atentat, font bien voir qu'il y avoit quelque chose de réel, de grand, & d'extraordinaire, dans ceux que ce Peuple regardoit comme de véritables Prophètes. S'il eût été facile de passer pour tel, il seroit étrange qu'entre tant de Rois dont cette charge eût extrêmement rehaussé la dignité, & tant de personnes habiles à la science de qui elle eût donné un fort grand lustre, il n'y en eût eu aucun qui s'en fût mis en possession. C'est pourtant ce qu'aucun Roi après David, ce que les Savans d'entre ce Peuple sans excepter même[80] Esdras, ce que personne enfin depuis lui jusques à Jésus-Christ, n'a jamais osé entreprendre. [81] A l'égard de l'Oracle de l'Urim & du Thummim, qui se rendoit par une lumiére extraordinaire des pierres du Pectoral, le moyen de s'imaginer que l'on pût faire illusion à tout un grand Peuple, sur un Fait si public & si souvent réitéré? Si donc les Juifs ont constamment cru sur la déposition de ceux de leurs Ancêtres qui en ont du être les témoins, que cet Oracle avoit duré jusqu'à la ruine du premier Temple; cette persuasion ne peut être que très-légitime, puis qu'elle roule sur une déposition si certaine, & si peu sujette à l'erreur.
Note 80:[ (retour) ] Esdras &c. Les Historiens Juifs marquent son tems par ces paroles: Ici finissent les Prophètes & commencent les sages. Cette cessation de Prophètes paroît encore I. Macchab IX. 27. Il y eut une grande afliction en Israël, telle qu'il n'y en avoit pas eu de semblable depuis qu'il n'y paroissoit plus de Prophètes parmi ce peuple.
Note 81:[ (retour) ] A l'égard de l'Oracle &c. Les LXX. Interprétes ont traduit le mot d'URIM, choses claires & évidentes; & celui de THUMMIM, vérité. Les Egyptiens ont en cela copié les Juifs, mais en enfans. Diodore de Sicile liv. I Leur souverain Juge avoit la Vérité pendue à son cou. Et ailleurs. «Une petite image faite de pierres précieuses, & nommée Vérité, pendoit à son cou par une chaîne, & il commençoit les fonctions de sa charge après s'être ataché cette image au cou. Voici en passant ce que la Gemara de Babylone ch. 1. dit qu'il y avoit dans le premier Temple, & qui manquoit au second: L'Arche, avec le Propitiatoire, & les Chérubins; le feu tombé du Ciel; la Schekina, ou, l'habitation de Dieu dans le Temple; le Saint Esprit; Urim & Thummim.
4. Preuve de la Providence, savoir, les prédictions.