Note 2:[ (retour) ] Pline le Jeune. Voici ce qu'il dit des Chrétiens dans la 97. Lettre du 10 livre. «Ils ont coutume de chanter des hymnes & la louange de Christ, qu'ils révérent comme un Dieu; & ils s'obligent réciproquement, non à commettre quelque crime, mais à ne point voler, à ne point se souiller d'adultére, à être fidéles & constans dans toute leur conduite, & à ne point nier le dépôt». Il est vrai qu'il les acuse d'une opiniâtreté inflexible; mais c'est uniquement en ce qu'ils refusoient d'invoquer les Dieux, d'encenser leurs Statues, & de dire du mal de Jésus-Christ, & qu'on ne les y pouvoit contraindre par les suplices.
Qu'il a été crucifié.
III. Que ce Jésus ait été crucifié sous Ponce Pilate Gouverneur de Judée, c'est aussi ce que tous les Chrétiens avouent constamment, malgré la honte qu'il pourroit y avoir à faire un tel aveu de celui qui est le grand objet de leur adoration.[3] Les Juifs ne l'avouent pas moins, eux qui ne peuvent ignorer que la part qu'ils ont eue à cette mort, par l'empressement avec lequel ils la demandérent à Ponce Pilate, leur atire la haine & l'indignation des Chrétiens, sous la domination de qui ils vivent en diférens endroits du Monde. Les Auteurs Payens que nous venons de citer, atestent ce même fait dans leurs Écrits. On a vu même, long tems après cet événement, les Actes de Pilate, preuve assez forte de cette Vérité; & on fait que les Chrétiens y ont quelque fois eu recours. Enfin, ni Julien, ni les autres ennemis du Christianisme, n'ont jamais chicané sur ce Fait, & l'ont reconnu pour sufisamment avéré.
Note 3:[ (retour) ] Les Juifs ne l'avouent pas moins. Ils apellent ordinairement Jésus-Christ d'un nom qui signifie ataché en croix, ou pendu. L'itinéraire de Benjamin reconnoit que Jésus a soufert la mort à Jérusalem.
Que les premiers adorateurs de J. C. n'étoient pas des personnes ignorantes & grossiéres.
De sorte qu'il est impossible d'en produire quelqu'un qui soit plus constant & plus assuré, puis qu'il est apuyé sur le témoignage d'un si grand nombre d'hommes, & de Peuples mêmes, d'ailleurs si oposez d'intérêts & de sentimens. C'est pourtant ce Jésus, traité avec tant d'ignominie, à qui les parties de l'Univers les plus éloignées les unes des autres, rendent d'un commun consentement les honneurs de l'adoration religieuse: & cela, non seulement dans ce siécle-ci, ou dans ceux qui l'ont immédiatement précédé, mais dans un grand nombre d'autres, & dans ceux même qui ont suivi de plus près cet événement. Car Tacite & d'autres témoignent que sous Néron la profession du Christianisme & la vénération que l'on avoit pour son Auteur, exposérent aux derniers suplices un grand nombre de personnes.
Preuve de la vérité des miracles de l'Évangile
IV. Mais peut-être que ces premiers adorateurs de Jésus-Christ étoient de bonnes gens, ignorans & entêtez. Nullement, il y a eu parmi eux beaucoup de personnes sages, judicieuses, & savantes. Pour ne point parler de ceux qui étoient nez Juifs, on a vu entre eux un Sergius Gouverneur de Cypre, un Denis l'Aréopagite,[4] Polycarpe,[5] Justin,[6] Irènée,[7] Athénagore,[8] Origéne,[9] Tertullien,[10] Clement Alexandrin, & quantité d'autres. Or quelle raison peut-on rendre de l'atachement de ces gens, qui ne manquoient ni d'esprit ni de savoir, au culte d'un homme qui avoit soufert une mort ignominieuse; eux qui pour la plupart avaient été élevez dans d'autres Religions, & qui ne rencontroient en celle-ci aucun motif ni d'honneur, ni d'intérêt qui pût les y atirer? Qu'on se tourne de quel côté on voudra, on n'en trouvera point d'autre raison que celle-ci: c'est qu'après une recherche aussi exacte & aussi diligente que la prudence le mande dans une afaire d'une souveraine importance, ils avoient reconnu que rien n'étoit plus vrai ni mieux atesté, que le bruit qui s'étoit répandu par tout des miracles éclatans de Jésus-Christ; tels qu'étoient la guérison de plusieurs maladies dangereuses & invétérées, opérée en public sans autre moyen que celui de la parole: entr'autres la guérison d'un aveugle né; la multiplication réitérée de quelques pains pour sustenter plusieurs milliers de personnes, capables d'en rendre témoignage; la résurrection de quelques morts, & telles autres merveilles, également considérables par leur grandeur & par leur nombre.
Note 4:[ (retour) ] Polycarpe. Il a soufert le Martyre l'an 169.
Note 5:[ (retour) ] Justin. Il a écrit des Apologies pour les Chrétiens l'an 142.