RELIGION

CHRÉTIENNE.

LIVRE SECOND.

DESSEIN DE CE II. LIVRE. Savoir de prouver que la Rel. Chr. est véritable.

ans ce Livre, que nous ne commençons qu'après avoir adressé à Jesus-Christ régnant glorieusement dans le Ciel, de très-ardentes priéres, pour obtenir de lui le secours de son Esprit dans un degré qui réponde à l'importance de notre dessein, & qui nous rende capables de l'exécuter: nous déclarons dès l'entrée que notre but n'est pas de traiter tous les dogmes de la Religion Chrétienne, mais de montrer que cette Religion est très-véritable, & d'une certitude qui exclut jusqu'aux moindres doutes.

Que Jesus a été.

II. Qu'il y ait eu autrefois en Judée, sous le régne de Tibére, un Jésus appelé le Nazaréen, c'est ce dont on ne doutera pas, si l'on prend garde que les Chrétiens, en quelques endroits de la Terre qu'ils soient répandus, font & ont toûjours fait une profession invariable de le croire; que tous les Juifs d'aujourd'hui s'acordent dans le même aveu, avec tous ceux d'entre eux qui ont vécu & écrit depuis ce tems-là, & que les Auteurs Payens mêmes, ennemis communs des uns & des autres,[1] Suetone, par exemple, Tacite,[2] Pline le Jeune, &c. déposent unanimement de ce même fait.

Note 1:[ (retour) ] Suétone, Tacite, Pline le Jeune &c. Suétone dans la Vie de l'Empereur Claude: Tacite liv. XV. où parlant des suplices des Chrétiens, l'Auteur du nom & de la Secte des Chrétiens, dit-il, a été Christ, qui sous l'Empire de Tibére avoit soufert la mort par l'ordre de Ponce Pilate. Dans cet endroit il représente les Chrétiens comme des gens chargez de crimes, & comme l'horreur du genre humain. Mais ces crimes n'étoient autre chose que le mépris des faux Dieux. C'est par la même raison que cet Auteur & Pline ont parlé des Juifs avec ce même fiel. Il faut remarquer ici que cette haine ne venoit pas d'un atachement sincére à la Religion Payenne, entant que Religion. Les Sages Romains ne l'envisageoient pas ordinairement de ce côté-là. Ils la regardoient comme une pratique autorisée par les loix; & croyant y satisfaire par l'observation exacte de toutes ses cérémonies, ils se réservoient la liberté d'en penser ce qu'ils vouloient. En un mot ils en usoient à cet égard en simples Politiques, qui ne considérent dans la Religion que ce qu'elle a de propre à afermir le Gouvernement, en rendant les hommes plus doux & plus souples. Sénèque, Varron, & Tacite, étoient dans ce sentiment, comme on le peut voir dans Saint Augustin, de la Cité de Dieu, liv. IV. ch. 33. & liv. VI. ch. 10. Au reste on voit par ce passage de Tacite, que du tems même de Néron il y avoit déjà beaucoup de Chrétiens à Rome.