Note 13:[ (retour) ] Que ceux même d'entre les Juifs, &c. Act. XV. Rom. XIV. Saint Jérôme dans la Chronique d'Eusébe, après avoir nommé quinze Évêques consécutifs de l'Eglise de Jérusalem, dit qu'ils ont tous été circoncis.
Note 14:[ (retour) ] Nazariens. Ce mot ne signifie pas les Chrétiens de Nazaret, mais tous ceux qui demeuroient dans la Palestine, & ils étoient apellez ainsi parce que Jésus-Christ étoit aussi apellé Nazarien.
Preuves de la Résurrection de J. C..
VI. Le grand miracle qui a été fait en la Personne de Jésus Christ, vérifie admirablement ceux qu'il a faits sur les autres. J'entens sa Résurrection, qui suivit sa crucifixion, sa mort & sa sépulture. Les Chrétiens de tous les tems & de tous les lieux la croyent, & ils la proposent, comme la principale preuve de leur Religion, & comme le fondement de leur Foi. Cette créance si générale ne peut venir que de ce que les premiers Docteurs du Christianisme ont persuadé ce Fait à leurs Disciples. Or ils n'eussent jamais pu le persuader à ces Disciples, qui ne manquoient ni d'esprit ni de jugement, s'ils ne leur eussent assuré positivement qu'ils en avoient été des témoins oculaires. Sans cela on ne les eût jamais crûs, pour peu que l'on eût eu de sens commun; puis qu'on ne les pouvoit croire sans s'engager dans des dangers & dans des malheurs également grands & inévitables. Il est donc sûr qu'ils se sont portez avec une grande fermeté pour témoins oculaires de cet événement. Outre cette raison, cela paroît par leurs Livres & par ceux mêmes de leurs Ennemis. Il faut voir à présent de quel poids a pu être leur témoignage.
I. Ils fortifient ce témoignage de celui de cinq cens Personnes, qu'ils disent avoir vu Jésus ressuscité. Ce n'est guére la coutume des Imposteurs, d'en apeller à un si grand nombre de témoins. D'ailleurs, il n'est pas possible que tant de personnes s'accordent à déposer d'une fausseté; particuliérement si cette déposition les met en risque de perdre le repos & la vie.
2. Quand il n'y auroit pas eu d'autres témoins oculaires de ce Fait, que ces douze fameux Fondateurs du Christianisme, c'en seroit assez. On n'est pas scélérat pour avoir simplement le plaisir de l'être, & l'Imposture se propose toujours pour but, ou l'honneur, ou les richesses, ou la réputation, ou enfin quelque avantage, quel qu'il soit. C'est ce qu'on ne peut dire des Apôtres. S'ils avoient pu se flater qu'un pareil mensonge les avanceroit dans le monde, & leur ouvriroit un chemin à la gloire & aux dignitez, ils ont dû être bien-tôt détrompez par la honte & l'ignominie dont les Payens & les Juifs, qui étoient les seuls dispensateurs des Charges & de la réputation, les couvrirent dès le commencement. Ils n'auroient pas eu plus de raison d'espérer qu'ils feroient servir le mensonge à amasser du bien, puisque leur Doctrine leur coutoit souvent le peu qu'ils en pouvoient avoir, & que les soins de la Prédication ne leur donnoient pas le tems de travailler à en aquerir d'autre. De plus, ils ne pouvoient mentir en vue d'aucune des commoditez de cette vie, puisque cette Prédication les exposoit sans cesse à mille fatigues, à la faim, à la soif, aux coups & à l'emprisonnement. Enfin, le peu de réputation qu'ils pouvoient aquerir parmi leurs Concitoyens, n'étoit pas assez considérable pour balancer dans l'esprit de ces Personnes simples, & qui par une suite de leur créance étoient ennemies de tout faste, ce nombre éfroyable de maux qu'atiroit sur eux leur Apostolat. Car d'espérer que leurs Dogmes dûssent faire en si peu de tems de si grands progrès, c'est ce que ne leur permettoit pas l'oposition qu'ils rencontroient & dans l'autorité des Magistrats, & dans le coeur de l'Homme, naturellement ennemi de tout ce qui l'incommode. Il faut donc convenir qu'ils n'eussent jamais osé porter leurs espérances si loin, si elles n'eussent été fondées sur les promesses que leur fit leur divin Maître après sa résurrection. Ajoutez à cela, qu'ils avoient une raison particuliére à ces tems-là, pour ne se pas promettre une réputation de fort longue durée. On voit par leurs Écrits & par ceux des Docteurs qui leur succédérent, [15]qu'ils atendoient presque à tous momens la destruction totale du Monde; Dieu qui leur avoit révélé tant de choses, leur ayant voulu cacher ses desseins sur celle-là.
Note 15:[ (retour) ] Qu'ils atendoient à tous momens &c. I. Thess. IV. 15. 16. I. Cor. XV. 52. Tertullien,..... puis que le tems est plus court que jamais. Saint Jérôme écrivant à Gérontia, que cela nous touche-t-il, nous qui sommes à la fin des siécles?
Mais le dessein de défendre leur Religion, n'auroit-il pas été sufisant pour les porter à mentir sur l'article de la Résurrection de Jésus Christ? On ne le dira pas, si l'on examine un peu la chose de près. Car, ou ils ont cru très-sincérement & de tout leur coeur que cette Religion étoit véritable, ou ils ne l'ont pas cru: s'ils ne l'ont pas cru, jamais ils ne l'eussent choisie entre tant d'autres plus respectées dans le Monde, & moins contraires à la tranquillité de la Vie. Ils n'en auroient pas même voulu faire profession, toute véritable qu'elle leur eût paru, s'ils n'eussent cru y être indispensablement obligez, puis qu'il leur étoit aisé de prévoir ce que l'expérience leur aprit d'abord; c'est que cette profession causeroit la mort de quantité de personnes; & qu'ainsi, ils ne pouvoient se regarder que comme de vrais meurtriers, s'ils les y eussent exposées sans de légitimes raisons. Si après même que Jésus-Christ fut mort, ils continuérent à croire que sa Religion étoit véritable & excellente, & qu'ils ne pouvoient se dispenser d'en faire profession, il faut nécessairement qu'ils l'ayent vu après sa mort: car il étoit impossible qu'ils persévérassent dans ces sentimens, s'il n'eût véritablement acompli la promesse qu'il leur avoit faite de ressusciter. Un manquement de parole eût, en ce cas là, fait rebrousser chemin à tout homme de bon sens, & banni de son esprit tous les préjugez favorables qu'il auroit pu avoir jusques-là, pour celui qui lui eût fait une promesse si vaine. II. Toutes les Religions du Monde, & sur tout la Religion Chrétienne, défendent sévérement le mensonge & le faux témoignage particuliérement, dans des matiéres de Foi. Comment donc auroient-ils pu mentir en faveur d'une Religion si ennemie du mensonge? III. Leur vie pure, & à couvert des reproches de leurs ennemis mêmes, ne s'acorde guére avec un pareil dessein; encore moins leur simplicité, qui est la seule chose que leurs Ennemis leur ayent objectée. IV. Ils ont tous soufert les derniéres indignitez; & plusieurs même une mort très-cruelle, à cause de la profession qu'ils faisoient de croire que Jésus étoit ressuscité. Or il n'est pas impossible qu'un homme de bon sens soutienne jusqu'à de telles extrémitez, une opinion où il est entré sincérement. Mais il est tout à fait incroyable qu'une personne, & à plus forte raison plusieurs, puissent se résoudre à tant soufrir pour une fausseté qu'ils reconnoissent telle, & à l'établissement de laquelle ils n'ont aucun intérêt. Ce seroit là l'éfet d'une extravagance qui n'a point d'exemple, & dont la vie de nos premiers Docteurs, aussi bien que leurs Écrits, prouvent qu'ils étoient incapables.
Ce que nous venons de dire des Apôtres se peut apliquer à St. Paul. Il a prêché publiquement qu'il avoit vu Jésus-Christ dans sa gloire. Tout l'engageoit à rester dans le Judaïsme. [16] Il étoit savant, & il avoit par là un chemin ouvert aux Charges & aux Dignitez. On le voit cependant renoncer à toutes ses espérances pour la profession de cette Vérité; encourir volontairement la haine de sa Nation; porter par tout le Monde la connoissance de cette Vérité malgré les dificultez, les périls, & les travaux qu'il rencontroit par-tout; & finir une vie si pleine de traverses, par une mort pleine d'infamie.
Note 16:[ (retour) ] Il étoit savant. Il avoit été disciple de Gamaliel, & sous cet illustre Maître il étoit devenu habile dans la Loi & dans la Tradition. S. Épiphane.