Objection: que la Résurrection est une chose impossible. Réponse.
VII. Je ne sache qu'une chose qui pourroit renverser tous ces témoignages, quelque forts qu'ils paroissent: ce seroit l'impossibilité de la chose même à laquelle ils servent d'apui, & la contradiction qu'elle renfermeroit. [17]Mais je soutiens qu'il n'y a ici, ni impossibilité ni contradiction. C'en seroit une de dire, qu'une personne a été vivante & morte dans le même tems. Mais que celui qui a produit la vie la puisse aussi reproduire, cela n'est ni impossible ni contradictoire. Les Sages Payens l'ont bien senti. On voit même dans leurs Livres quelques exemples de résurrection; comme celle d'un certain Eris d'Arménie, dans Platon; celle d'une femme, dans Héraclide de Pont; d'Aristée, dans Hérodote; & de Thespésius, dans Plutarque. Je ne veux pas garantir ces Faits. Le seul avantage que j'en tire, c'est de faire voir que les plus habiles gens d'entre les Payens, ont mis cette merveille au rang des choses possibles.
Note 17:[ (retour) ] Mais je soutiens &c. Justin Martyr. Réponse septiéme aux Objections contre la Résurrection: «Autre chose est d'être impossible absolument & en soi-même, & d'être impossible à quelqu'un. Par exemple, il est tout-à-fait impossible qu'une figure qui sert de mesure à une autre, soit égale à un des côtez de cette autre. Il est impossible, non absolument, mais à la Nature, de produire sans semence, des Êtres animez. Si ceux qui disent que la Résurrection est impossible, l'entendent dans le premier sens, il n'est rien de plus faux. La Résurrection est une nouvelle Création. Or une nouvelle Création n'est pas impossible en elle-même, puis qu'elle ne fait rien de contradictoire, comme seroit l'égalité d'une figure mesurante, à l'un des côtés de celle qu'elle mesure: donc la Résurrection n'est pas impossible en elle-même. Que s'ils entendent une impossibilité dans le second sens, ne voyent-ils pas que tout ce qui n'est impossible qu'à la Creature, est très-possible au Créateur?»
Que la Résurrection de J. Ch. prouve invinciblement la R. Ch.
Le Rabbin Béchaï
Note +: Jean XVII. Luc XXIV 46. 47.
Si donc il n'implique pas que Jésus-Christ soit retourné en vie; si les preuves de cette Histoire sont si fortes, qu'elles ont même pu convaincre un célèbre Rabbin, & lui arracher l'aveu de sa conviction; si enfin Jésus-Christ a prétendu avoir une Mission divine, pour aporter aux hommes une nouvelle Religion, comme toute sorte de gens, amis & ennemis, en conviennent: il s'ensuit que cette Mission est divine, & cette Religion véritable. La force de cette conséquence vient I. de ce qu'il répugne à la Sagesse & à la Justice de Dieu,[+] d'élever à un si haut degré de gloire un homme qui auroit joué tout le genre humain, dans la chose du monde la plus importante. 2. Elle vient aussi de ce que Jésus-Christ avant que de mourir, avoit prédit sa mort, le genre de sa mort, & la résurrection; & avoit déclaré que le but de tous ces événemens, étoit de confirmer la Doctrine qu'il avoit prêchée.
Nous n'avons vu jusqu'ici que les dehors de la Religion, & nous ne l'avons prouvée que par des circonstances qui lui sont en quelque façon extérieures. Entrons présentement dans les preuves qui se tirent du fonds même & de l'essence du Christianisme.
Que la R. Chr. est plus excellente que toutes les autres.
VIII. Certes si l'on considére que de toutes les Religions qui ont jamais été, & qui sont encore dans toute l'étendue de la Terre, il n'y en a point qui l'emporte sur la Chrétienne; soit pour la perfection des Loix, soit pour la grandeur des récompenses, soit pour la maniére dont elles se sont établies; je soutiens qu'on sera forcé, ou de convenir qu'elle est véritable, ou de rejetter toute Religion: excès où ne tombera jamais un homme qui reconnoit qu'il y a un Dieu; que ce Dieu gouverne toutes les choses créées; que l'Homme a un esprit capable de le connoître, de discerner le bien & le mal, de se porter vers l'un ou vers l'autre, & par conséquent de donner matiére aux peines ou aux récompenses.
I. Avantage de la R. Chr. sur les autres, savoir les récompenses qu'elle promet.
Note A: Deut. XI. Hebr. VIII. 6.
IX. Examinons par ordre les trois prérogatives que nous venons de donner à la Religion Chrétienne sur toutes les autres; ses récompenses, ses loix, & la maniére de son établissement.