Note 54:[ (retour) ] Le reste va trop loin &c. Le Martyrologe marque seulement en gros les 300 qui ont soufert le martyr à Carthage; un grand nombre d'autres Martyrs en Afrique sous l'Empereur Tibére; en Antioche, en Arabie, en Cappadoce, & dans la Mésopotamie, sous Valérien: dans la Phrygie & dans le Pont, sous Maximim &c.
Quelques sentimens qu'ils cachassent dans le fond de leur coeur, ils avoient du moins la complaisance de conformer leur extérieur au goût de ceux à qui ils étoient suspects. Il n'y a donc proprement que les Juifs & les Chrétiens qui ayent soufert la mort uniquement pour la gloire de Dieu. À l'égard des Martyrs de la Religion Judaïque, on n'en trouve que dans les tems qui ont précédé la venue de Jésus-Christ; encore y en a-t-il eu si peu en comparaison des Martyrs du Christianisme, qu'on en compteroit plus de ceux-ci dans une seule Province, que des autres dans toute l'étendue de leur État, & dans toute la durée de leurs soufrances. En éfet, cette durée n'a pas été bien longue, puis qu'elle ne comprend que les Régnes de Manassé & d'Antiochus.
Cette multitude innombrable de Personnes de tout rang & de tout sexe, séparées par l'intervale de tant de lieux & de tant de siécles, & qui ont sêllé de leur sang la Foi Chrétienne, doit avoir eu sans doute quelque raison de persévérer si constamment. Or cette raison ne pouvant être que la force de la vérité, & le secours de l'Esprit de Dieu; c'est avec justice que nous regardons nos Martyrs comme une bonne preuve de la Religion Chrétienne.
Réponse à ceux qui demandent des preuves encore plus démonstratives.
XIX Si toutes ces preuves ne satisfont pas, & qu'on en désire de plus convainquantes, on doit considérer que[55] les preuves varient, selon la diversité des choses que l'on veut établir. On ne peut conclurre une vérité Mathématique que par des raisons de la dernière évidence. Les disputes de la Physique se doivent terminer par des argumens fondez sur des Principes naturels. Lors qu'il s'agit de délibérer, il faut se déterminer par des argumens tirez des maximes que le sens commun & l'expérience suggérent. Les Faits ont aussi leurs preuves, qui consistent dans la qualité de ceux qui les atestent: & c'est les avoir prouvez, que de faire voir que ces Témoins n'ont rien qui les les rende suspects. Si l'on ne s'en tient pas là, on anéantit la certitude des Faits Historiques; on détruit celle des expériences, qui font la partie la plus considérable de la Médecine; & l'on suspend les devoirs réciproques des Péres & des Enfans; puis que ces relations ne se connoissent que par ces sortes de preuves. Dieu eût pu fonder nôtre Foi sur le témoignage des sens de chaque Fidéle, & même sur des démonstrations: mais il vouloit commander aussi bien que persuader, & donner à la Foi un caractère d'obéïssance & de soumission. Il sufisoit donc qu'il se révélât d'une maniére capable de convaincre les esprits dociles. Il vouloit que l'Evangile fût une Pierre-de-touche qui distinguât les ames ployables & flexibles d'avec celles qui sont d'une opiniâtreté incurable. Nos preuves ont persuadé un très-grand nombre de Personnes sages & vertueuses; il est donc évident que l'incrédulité des autres ne vient pas de l'insufisance de ces preuves,[56] mais de la répugnance qu'ils ont contre des véritez & des Loix qui choquent leurs passions, & qu'ils ne peuvent admettre sans s'engager à compter pour rien la gloire, les honneurs, & les biens de cette vie. Ils reçoivent sans scrupule mille autres Faits qui ne sont apuyez que sur le raport des Historiens, & dont ils ne voyent même à present aucuns monumens sensibles. Mais lors qu'il s'agit de l'Histoire de l'Evangile, ils entrent en défiance, & n'ont aucun égard au raport de ses premiers témoins, ni aux monumens qui pourroient servir à la confirmer; tel qu'est l'aveu de tous les Juifs; & cette multitude de Sociétez Chrétiennes qui ne peuvent s'être formées sans quelque raison légitime.
Conclusion.
Note 55:[ (retour) ] Les preuves varient selon la diversité.. Aristote Métaphys. liv. I. ch. dernier «Il ne faut pas chercher en toutes sortes de sujets, une certitude aussi grande que celle des véritez mathématiques.
Note 56:[ (retour) ] Mais de la répugnance &c. St. Chrysostome à Demetrius. «Le refus que l'on fait de recevoir les Préceptes de l'Evangile, ne vient que de ce qu'on n'a pas le courage de les suivre.»
Je conclus, que puis que la longue durée du Christianisme, & son établissement par toute la Terre, ne peuvent pas être la production de l'Esprit humain, il faut, ou les atribuer à quelques miracles éclatans, ou avouer que cette durée & ce progrès si extraordinaire, où l'on ne veut reconnoître rien de surnaturel, sont le plus grand de tous les miracles.