Note 50:[ (retour) ] Des Voyages de St. Thomas. On montre encore aujourd'hui son sépulcre dans le païs de Coromandel. Clement &c. Stromar. V. dit que Jesus-Christ est connu de toutes les Nations.
Note 51:[ (retour) ] Tertullien liv. I. contre les Juifs. En quel autre toutes les Nations ont-elles cru, qu'en Jesus-Christ, et quel autre ont-elles embrassé comme le Messie venu au monde? Après il fait un dénombrement des Nations qui croyoient en Jésus-Christ de son tems, & ce dénombrement contient tous les Peuples des 3. parties du Monde qui étoient alors connues. Plus bas il montre combien le Royaume de Jesus-Christ est plus étendu que ne l'ont été l'Empire de Nebucadnésar, & d'Alexandre, & que ne l'étoit celui des Romains. «La Royauté de Jésus-Christ, dit-il, s'étend par-tout & est crue par-tout. Ce grand Roi est servi par tous les Peuples que nous venons de nommer: il regne; il est adoré en tous lieux; il se communique à tout le monde également.» Arnobe, S. Athanase, Théodoret, & S. Jérôme, font voir par le même détail, cette grande étendue de l'Empire de Jesus-Christ. Origéne dans une Homélie sur Ezéchiel, «Les malheureux Juifs avouent que ces choses sont dites du Messie. Mais c'est à eux un aveuglement déplorable, d'ignorer encore la Personne à qui elles conviennent, puis qu'ils les voyent acomplies. Qu'ils nous marquent avant l'avénement de Jésus-Christ, quelque temps auquel la Bretagne, le Mauritanie, le Monde entier s'est acordé à ne servir qu'un seul Dieu.» S. Chrysostome, Homél. VI. «Comment les Écrits des Apôtres auroient-ils pu passer jusques aux terres étrangéres, jusqu'aux Indes, jusqu'à ces bords de l'Océan qui terminent toute la Terre, si les Auteurs de ces Livres n'eussent été dignes de foi?» Le même Pére dans l'Homélie sur la Divinité de Jésus-Christ, «Parcourir en si peu de tems toute la Terre; inviter ainsi à de si grandes choses des hommes prévenus de mauvaises habitudes, & plongés dans la plus énorme corruption, cela est assurément au-dessus des forces d'un homme, & c'est cependant ce qu'a fait Jésus-Christ. Il a délivré de ces maux tout le Genre humain. Les Romains, les Perses, & toutes les Nations Barbares ont jouï de cette heureuse délivrance.»
Le Mahométisme ocupe un très-grand nombre de Païs; mais il ne l'ocupe pas seul. Presque par-tout où il régne, notre Religion y a ses Sectateurs & même en quelques endroits ils surpassent en nombre les Mahométans; au lieu qu'on trouve très-peu de ceux-ci dans la plûpart des Païs que les Chrétiens possédent.
3. Ceux qui l'ont les premiers prêchée.
Note A: Rom. XV. 19.
3. Comparons maintenant les moyens par lesquels la Religion Chrétienne s'est établie dans le Monde, avec ceux qui ont servi à afermir les autres Religions; & les premiers Docteurs de celle-là avec ceux qui ont fait fleurir celles-ci. Nous voyons que pour l'ordinaire les hommes ont le foible de se laisser entraîner par l'exemple des Rois, & des personnes revêtues de quelque autorité, sur-tout si cet exemple passe en loi, & si l'on met en usage la force & la contrainte. C'est par ces voyes que les diférentes Religions Payennes & la Mahométane se sont acrues & fortifiées. Les premiers Docteurs de nôtre Religion étoient dénuez de ce secours éficace. C'étoient des personnes sans naissance & sans nom; c'étoient des Pêcheurs, & des gens de métier. Ils ont cependant trouvé le moyen de l'établir en l'espace de trente ans [A-marg] dans toutes les parties de l'Empire Romain, dans celui des Parthes, dans les Indes, c'est-à-dire, par toute la Terre. Pendant près de 300. ans elle n'a dû ses acroissemens qu'à des Particuliers, qui bien loin d'avoir en main ou de quoi se faire craindre par des menaces, ou surprendre la faveur des Peuples par des espérances, rencontroient par tout des obstacles de la part des Souverains. Malgré tout cela, avant qu'elle eût atiré Constantin à la profession de ses véritez, [52]il s'en faloit peu qu'elle ne remplît la plus grande partie de l'Empire Romain. Ceux d'entre les Grecs qui ont donné des Régles pour les moeurs, se rendoient d'ailleurs recommandables aux Peuples par quelques autres endroits. Platon étoit grand Géomètre. Les Péripatéticiens s'apliquoient à étudier les animaux & les plantes. Les Stoïciens étoient habiles dans l'art du raisonnement. Les Pythagoriciens possédoient la Science des nombres & de l'harmonie. Plusieurs d'entr'eux, comme Platon, Xénophon & Théophraste, faisoient valoir leurs préceptes par toutes les graces & toute la force de l'éloquence. Rien de tout cela ne se trouvoit dans nos premiers Docteurs. Leurs discours étoient simples & sans agrémens. Ils instruisoient, ils promettoient, ils menaçoient: tout cela sans étude & sans art. Or comme ces maniéres ne peuvent pas aler loin & ont très-peu de proportion avec les succès qu'elles ont eus; il faut de toute nécessité reconnoître, ou que les miracles ont supléé au défaut de l'Art; ou qu'une Providence secrette a veillé favorablement sur les desseins de ces premiers Fidéles; ou qu'ils ont eu l'un & l'autre de ces deux secours.
Note 52:[ (retour) ] Il s'en faloit peu qu'elle ne remplît &c. Tertullien II. Apolog. «Nous ne sommes que d'hier & nous nous trouvons par-tout. Nous remplissons vos Villes, & municipales, & autres, vos Iles, vos Forteresses, vos Bourgs. Nous sommes répandus dans les Armées, dans les Tribus, dans les Décuries. La Cour, le Sénat, le Barreau sont pleins de Chrétiens. En un mot vous nous trouvez par tout, si ce n'est dans vos Temples.
4. Les dispositions des premiers qui l'embrassèrent.
4. Ceux qui ont reçu le Christianisme par les instructions des Apôtres, avoient l'esprit imbu des principes d'une autre Religion, & par conséquent dificile à manier. Les premiers Disciples de Mahomet & des Auteurs des Religions Payennes, étant moins prévenus, étoient plus capables de recevoir de nouvelles impressions. La Circoncision & la connoissance d'un seul Dieu, avoient disposé les Hébreux à recevoir la Loi de Moyse. Mais rien ne préparoit les premiers Chrétiens à se soumettre à l'Évangile. Ils étoient dans d'autres sentimens; & une longue habitude, qui tient souvent lieu d'une seconde Nature, les y confirmoit, & les éloignoit de ces nouvelles doctrines. L'éducation & le respect des Loix & de l'autorité de leurs Ancêtres les afermissoit, les uns dans la Religion Payenne, & les autres dans le Judaïsme. Ce n'étoit pas là le seul obstacle que la Religion rencontroit dans leur coeur. Ils ne pouvoient s'y ranger sans se soumettre infailliblement à la fâcheuse nécessité de craindre les maux les plus terribles, ou de les endurer. L'horreur que les maux impriment naturellement, se répand souvent jusques sur les choses qui les peuvent atirer; & il est assez rare qu'on entre dans des sentimens qui traînent après eux d'aussi tristes suites. Nos premiers Péres ont passé par-dessus tout cela. C'est peu de dire que le Christianisme leur fermoit l'entrée des Charges, les assujettissoit à des peines pécuniaires, à la confiscation de leurs biens, & au bannissement: on les envoyoit travailler aux Mines: la cruauté s'épuisoit en nouvelles maniéres de les tourmenter. Le martyre & les massacres étoient si ordinaires, que les Auteurs de ce tems-là assurent qu'il périt par là plus de monde, que la famine, ni la contagion, ni la guerre, n'en peuvent détruire. Les genres de mort qu'on leur faisoit soufrir étoient des plus afreux. [53]On les brûloit vifs, on les crucifioit, en un mot, on leur ôtoit la vie par des suplices, qu'on ne peut ni lire ni se représenter sans une extrême horreur. Ces cruautez continuérent dans l'Empire Romain, presque jusqu'à Constantin le Grand. Si elles eurent quelques intervales, ils étoient peu considérables, & même n'étoient pas universels. Elles durérent plus long tems encore dans les Païs qui ne reconnoissoient pas l'autorité des Romains, mais elles ne purent jamais afoiblir ce Parti. Il sembloit même qu'elles l'augmentassent, & que pour un Chrétien qu'elles détruisoient, elles en fissent renaître plusieurs. C'est ce qui donna lieu à quelques-uns de dire, que le sang des Martyrs étoit la semence de l'Eglise.
Note 53:[ (retour) ] On les brûloit vifs &c. Ulpien célèbre Jurisconsulte a fait sept Livres sur cette question; Quelles sortes de peines il faloit infliger aux Chrétiens. Lact. liv. V. ch. II.
Comparons encore ici le Christianisme avec les Religions contraires. Les Grecs, & les Juifs, qui avoient coutume de parler de tout ce qui les concernoit, avec beaucoup de vanité & d'ostentation, ne peuvent citer que fort peu de personnes qui ayent eu le courage de soufrir la mort pour leurs Opinions. Les Indiens peuvent se faire honneur de quelques Gymnosophistes; & les Grecs de leur Socrate. Le reste se réduit à peu de chose. Encore n'y a-t-il guére lieu de douter que ces personnes, qui s'étoient déjà rendues célèbres, n'ayent eu en vûe de se faire un grand nom dans la Postérité, Nos Martyrs étoient pour la plûpart des Personnes du plus bas rang, connues à peine parmi leurs Concitoyens, C'étoient des femmes, c'étoient de jeunes gens, qui ne pouvoient ni désirer ni se promettre avec quelque vrai-semblance, une réputation qui les fît vivre long tems dans la mémoire des hommes. En éfet le Martyrologe ne fait mention que de la moindre partie de ceux qui ont soufert le martyre pour la défense de la Religion, [54]Le reste va trop loin pour être compté un par un. Ajoûtons à cela qu'il étoit aisé à la plûpart d'entr'eux de se dérober aux suplices. Un peu de dissimulation, un grain d'encens jetté sans dessein sur un Autel, les en eût afranchis; ce qui ne se peut pas dire des Martyrs Payens.