Note 46:[ (retour) ] Qu'on les comparoit à des chiens. De là vint le nom de Cyniques qui fut donné à leur Secte.
Note 47:[ (retour) ] Et par leurs démêlez, pleins de chaleur &c. Timon Phliasius. «Malheureux hommes, dit-il aux Philosophes, honte du Genre humain; gens qui n'êtes que ventre; vous ne faites que vous égarer en vaines disputes sur des choses de néant. Puis-je vous mieux dépeindre qu'en vous comparant à des outres remplis de vent? Ailleurs: Mais qui les a donc animez ainsi les uns contre les autres? C'est une vaine populace, qui aime le babil; & qui acourt au moindre bruit qu'ils font. Voila ce qui cause & qui entretient cette maladie pernicieuse à tant de gens.» Ces passages se trouvent dans Clément, Eusébe, & Théodoret.
Note 48:[ (retour) ] Leur indiférence pour le Service divin &c. Xénophon, liv. V. des choses mémorables, raporte un Oracle qui ordonnait que l'on servît les Dieux de la manière que chaque Ville l'auroit prescrit par ses Loix. Platon disoit qu'il étoit dangereux de discourir sagement & raisonnablement devant le Peuple touchant les choses divines. C'est ce qui a fermé la bouche à tous les Philosophes Grecs, Latins, & Barbares, & qui leur a fait dissimuler la vérité. Et n'est-ce pas là un grand préjugé contr'eux?
Pour ce qui est de Mahomet, dont la Religion a gagné un si grand nombre de Peuples; ses Sectateurs mêmes nous ôtent la peine de le convaincre de crimes, par l'aveu qu'ils font de ses débordemens. On peut aussi remarquer qu'il n'a donné aucun gage indubitable de la certitude du Paradis charnel, qu'il promet à ceux qui le suivent. Les Mahométans ne disent pas qu'il soit ressuscité; & quand ils le diroient, son corps, qui est encore à Medine, les démentiroit.
Moyse le Législateur des Hébreux a été un grand Homme à tous égards; mais il a été homme & a eu ses foiblesses. Ce ne fut qu'après une longue résistance, qu'il put se résoudre à accepter la Commission que Dieu lui donnoit d'aller trouver Pharaon de sa part. La promesse expresse qu'il lui fit de tirer des eaux du rocher par son ministére, ne put bannir toute sa défiance. Ce sont là des Faits dont les Juifs mêmes conviennent. S'il a proposé des récompenses, il n'en a presque pas jouï lui-même. Il n'entra pas dans la Terre promise; mais il mourut dans le Désert, après y avoir passé une grande partie de sa vie au milieu des révoltes presques continuelles de son Peuple.
Jésus-Christ est le seul dont la vie ait été parfaitement pure & irrépréhensible. Ses premiers Disciples ne lui reconnoissent point de défauts, & ses Ennemis ne l'en ont jamais convaincu d'aucun. [49]Il a rempli exactement tous les devoirs qu'il a prescrits aux hommes. Il a suivi fidélement les ordres qu'il avoit reçus de Dieu. Sa vie a été de la simplicité la plus parfaite. Il a soufert les injures & les derniers suplices avec une patience exemplaire; comme il paroît par l'Histoire de sa crucifixion. Il a eu pour les hommes, même pour ses Ennemis & pour ses Bourreaux, l'amour le plus sincére & le plus ardent, jusqu'à prier Dieu pour ceux qui le crucifioient. Il a ratifié dans sa personne les récompenses qu'il a promises à ses Fidéles, les ayant obtenues dans le degré le plus magnifique. Son Histoire nous l'aprend, & mille preuves nous en assurent. Plusieurs l'ont vû ressuscité, l'ont ouï parler, & ont apuyé leur foi par le secours de l'atouchement. Il a été élevé dans le Ciel à la vûe de ses Apôtres, & a donné des marques certaines de son autorité suprême en conférant à ses Disciples le pouvoir de parler diverses Langues, & celui de faire des miracles, après le leur avoir promis en les quitant. Par là, il a ôté tout lieu de douter, qu'il fût assez puissant pour nous conférer la récompense qu'il nous a proposée. D'où je conclus, que puis qu'il a confirmé ses Préceptes par son obéïssance, & ses promesses par la part excellente qu'il y a eue lui-même, sa Religion l'emporte sur toutes celles qui sont, ou qui ont jamais été dans le Monde.
Note 49:[ (retour) ] Il a rempli exactement &c. Lactance. Il a marché lui-même dans le chemin qu'il nous a montré, de peur que les dificultez qui se rencontrent dans ce chemin ne nous détournassent d'y entrer.
2. Sa grande étenduë dès le commencement même.
Voyons à présent les succès dont la Prédication de l'Evangile a été suivie. Ils sont tels, qu'à les bien considérer, il faut reconnoître que l'Evangile est divin, ou ne pas croire que Dieu se mêle de ce qui concerne les hommes. Il étoit digne des soins paternels de sa Providence, de donner à des sentimens vertueux & bons, des succès & une étendue qui répondissent à leur excellence. Tel a été le sort de la Religion Chrétienne. Toute l'Europe, même jusqu'aux endroits les plus proches du Nord, fait profession de la croire, & de l'enseigner. Elle est connue par toute l'Asie, & dans les Iles de l'Océan qui l'environne, dans l'Égypte, dans l'Éthiopie, dans quelques autres Païs de l'Afrique, & presque par tous les endroits de l'Amérique où l'on a pu pénétrer.
L'Histoire de tous les siécles, les Livres de nos Écrivains, les Actes des Conciles; une vieille tradition que quelques Indiens ont conservée jusqu'à nôtre tems touchant [50]les Voyages de S. Thomas, de S. André & des autres Apôtres; tout cela, dis-je, montre que ce n'est pas d'aujourd'hui que le Christianisme est en possession de cette universalité, & qu'il en jouït depuis plusieurs siécles. En particulier Clément, [51]Tertullien, & quelques autres remarquent que de leur tems le Nom de Jésus-Christ étoit révéré dans les Iles Britanniques, dans l'Alemagne, & jusqu'aux extrémitez de la Terre. Or je demande s'il y a quelque Religion qui puisse entrer en concurrence avec la nôtre, sur le privilége d'une étendue aussi universelle. Le Paganisme a presque couvert toute la Terre; mais à parler juste, sous ce nom étoient comprises une infinité de Religions diférentes. Entre les Payens, les uns adoroient les Astres; les autres les Élémens; d'autres servoient les Bêtes; plusieurs révéroient des choses qui ne subsistent que dans l'imagination. Leurs Loix sacrées n'étoient pas moins diverses que les objets de leur culte; & ils en devoient l'institution à des Auteurs très-diférens. Les Juifs dans leur dispersion paroissent un très-grand Peuple; mais enfin, ce n'est qu'un Peuple; & depuis J. C. leur Religion n'a pas reçu d'acroissement fort considérable. Si depuis ce tems-là elle est sortie de l'obscurité où elle avoit été jusqu'alors, on peut dire que les Chrétiens y ont plus contribué que les Juifs.