X. Ceux qui reconnoissent que Dieu prend soin des choses qui regardent les hommes, & particuliérement de celles qui concernent son Culte; & où sa gloire est intéressée, doivent aussi reconnoître qu'il étoit impossible qu'il permît que l'on trompât par des Livres suposez & pleins de mensonges, un nombre infini de personnes, qui n'avoient en vue que sa gloire & son service.

Notes à :[ (retour) ] Matt. XIII. 33. [c]: Luc X. 18. Luc I. 33. Matt. XXVIII. 20. Jean XIV. 16. [d]: Matt. XXI. 33. &c. XXII. Luc. XV. 11. &c. [e]: Ibid. Matt. VIII. 2. XII. 21. XXI. 43. [f]: Matt. X. 17. [g]: Matt. X. 21. 39. XXIII. 34. [h]: Matt. XXIII. 38. XXIV. 16. Luc XIII. 34. XXI. 24. : Matt. XXI. 33. XXIII. 34. XXIV. 20.

5. Preuve, tirée du consentement de tant de Sectes opposées.

Après que le Christianisme fut partagé en une infinité de Sectes, à peine s'en est-il trouvé qui n'ait reçu tous les Livres du Nouveau Testament; & s'il y en a eu qui en rejettoient quelques-uns, ils ne contenoient rien qui ne se trouvât dans ceux qu'elles admettoient. Preuve assez forte, qu'on a toûjours reconnu dans ces Écrits une autorité à laquelle on ne pouvoit rien oposer de raisonnable; puisque ces Sectes qui les ont reçûs, étoient d'ailleurs si animées les unes contre les autres; qu'il sufisoit qu'une chose plût aux unes, pour être par cela même rejettée, par les autres.

Objection, que quelques Sectes ont rejetté plusieurs de ces Livres.

XI. Entre ceux qui faisant profession du Christianisme refusoient leur créance aux Livres du Nouveau Testament où ils voyoient leurs sentimens combatus, il y a eu deux espéces de gens directement oposez; [7]les uns, en haine des Juifs, blasphémoient le Dieu que ceux-ci reconnoissoient comme le Créateur du Monde, & ils traitoient fort indignement la Loi de Moyse. Les autres, au contraire, par la crainte des maux ausquels les Chrétiens étoient exposez, tâchoient de s'y dérober [8]en se confondant avec les Juifs, [9]qui avoient alors une entiére liberté de conscience. Mais il faut savoir [10]que ni les uns ni les autres n'étoient reconnus pour vrais Chrétiens par aucune des autres Sociétez du Christianisme; [11]& cela, dans le tems que l'Église suportoit avec beaucoup de patience, selon l'ordre établi par les Apôtres, tous ceux dont les erreurs ne choquoient pas les fondemens de la Religion. A l'égard de la premiére sorte d'Errans, nous croyons les avoir sufisamment refutez, lors que nous avons prouvé dans le premier Livre, qu'il n'y a qu'un seul Dieu dont l'Univers est l'ouvrage. Mais sans cela, il paroît évidemment par les autres Livres du Nouveau Testament, lesquels ils n'osoient rejetter de peur de ne pas passer pour Chrétiens, entr'autres par l'Evangile de S. Luc, que Jésus-Christ a annoncé aux hommes le même Dieu que Moyse & les Hébreux ont adoré. Pour ce qui est de ceux qui se tenoient à l'abri du Judaïsme pour se garantir des persécutions, & qui se disoient Juifs sans l'être, nous aurons ocasion de les combatre, lors que nous disputerons contre ceux qui se disent Juifs & qui le sont en éfet. Nous remarquerons cependant que c'étoit avoir beaucoup de hardiesse & d'impudence, que d'afoiblir l'autorité de S. Paul, sur ce qu'il prêchoit aux Juifs l'afranchissement du joug des Cérémonies. Car I. il est celui de tous les Apôtres qui a fondé le plus d'Églises, & qui a le plus contribué à l'avancement du Christianisme par ce nombre infini de miracles qu'il a faits dans un tems auquel il étoit aisé d'examiner s'ils étoient vrais ou faux. S'il a fait des miracles, pourquoi ne croirions-nous pas ce qu'il nous dit des admirables Visions qu'il a eues, & de son installation dans l'Apostolat par Jésus-Christ? S'il a été si chéri & si favorisé par Nôtre Seigneur, il est impossible qu'il ait enseigné des choses désagréables à son divin Maître, c'est-à-dire, des faussetez.

Note 7:[ (retour) ] Les uns, en haine des Juifs. C'étoient les Marcionites. Voyez St. Irénée liv. I. ch. 9. Tertull. S. Épiphane.

Note 8:[ (retour) ] En se confondant avec les Juifs. C'étoient les Ébionites. Voyez St. Irénée & St. Épiphane.

Note 9:[ (retour) ] Qui avoient alors une entiére liberté. Cela paroît par les Actes des Apôtres, par Philon, par Joséphe, & par Tertullien.

Note 10:[ (retour) ] Que ni les uns ni les autres n'étoient reconnus &c. Tertull. contre Marcion liv. I. Vous ne trouverez aucune des Eglises qui peuvent passer pour Apostoliques, qui n'ait à l'égard du Créateur des sentimens véritablement Chrétiens.