Note 11:[ (retour) ] Et cela dans un tems &c. St. Irénée, S. Jérôme, St. Cyprien. Ne jugeons, dit ce dernier, ni ne condamnons personne pour des diversitez de sentimens.
Act. XVI. 3. XX. 6. XXI. &c.
II. S'il a travaillé à l'abolition des Rites Mosaïques, il faut bien qu'il y ait été forcé par la Vérité; puis qu'il étoit circoncis; qu'il observoit volontairement plusieurs cérémonies de la Loi; que pour la gloire de la Religion Chrétienne il faisoit beaucoup de choses plus dificiles que la Loi ne lui en commandoit, & en enduroit de plus fâcheuses qu'elle ne lui en eût atiré; & qu'il portoit toit ses Disciples à faire & à soufrir les mêmes choses. Ce qui fait voir que s'il leur prêchoit la liberté, ce n'étoit pas pour s'acommoder à leur goût, & pour ménager le crédit qu'il avoit parmi eux, en leur traçant des routes commodes. Bien loin de cela, ce qu'il leur imposoit, étoit bien plus pénible que ce dont il les afranchissoit. Les Juifs destinoient le Sabbat au service de Dieu: S. Paul veut que ses Disciples y consacrent tous les jours. La Loi obligeoit à quelques dépenses: S. Paul leur ordonne de perdre en tems & lieu tous leurs biens. La Loi exigeoit des Sacrifices de bêtes: S. Paul veut qu'ils se sacrifient eux-mêmes. Enfin cet Apôtre dit hautement que S. Pierre, S. Jean, & S. Jaques lui avoient donné la main d'association; ce qu'il n'eût pas osé dire, si cela eût été faux, puis que le disant du vivant de ces trois Apôtres, il devoit craindre qu'ils ne relevassent un pareil mensonge.
Je conclus, que puis qu'à l'exception de ces deux sortes de personnes, de l'erreur de qui j'ai parlé, & qui à peine pouvoient passer pour Chrétiens, toutes les autres Sociétez s'acordoient manifestement à recevoir les Livres du Nouveau Testament; que d'ailleurs ceux qui les ont écrits ont eu le pouvoir de faire des miracles; qu'ils ont prédit beaucoup de choses qui ont été confirmées par l'événement; qu'enfin la Providence très-particuliére qui veille sur les afaires des hommes, n'eût pas soufert qu'ils eussent trompé le monde par des Écrits fabuleux: il est de la dernière évidence, du moins pour des Personnes équitables, que ces Livres jouïssent à juste tître de l'autorité où ils sont parmi les Chrétiens. Car, encore une fois, il y a peu d'Histoires qu'on ne croye véritables, toutes destituées qu'elles sont de ces preuves, & simplement sur ce qu'on ne peut aporter de raison solide pour en ébranler la certitude. Or je pose en fait qu'on ne peut en proposer aucune, qui puisse balancer les solides preuves de la vérité des Livres du Nouveau Testament. C'est ce que nous alons voir dans le détail.
Ce que l'on peut dire contre la vérité de ces Livres, se réduit à ces cinq objections. I. Qu'ils contiennent des choses impossibles. Il. Contraires à la Raison. III. Contraires entr'elles. IV. Contraires au témoignage des Auteurs profanes. V. Qu'enfin il est arrivé à ces Livres des changemens qui nous les ont laissez tout autres qu'ils n'étoient, lors qu'ils sont sortis des mains de leurs Auteurs. Examinons ces objections par ordre.
1. Obj. que les Livres du N. T. contiennent des choses impossibles.
XII. I. Nous avons déjà répondu à la premiére dans le second Livre, lors que nous avons fait voir qu'il ne s'ensuit pas de ce qu'une chose est impossible à l'homme, qu'elle le soit par raport à Dieu; que Dieu peut faire celles qui n'impliquent pas contradiction; & que de ce nombre sont les actions miraculeuses, & en particulier la résurrection des morts.
2. De choses contraires à la Raison.
Cette Reponse donne une idée trop vague du Christianisme & ne touchant pas à nos mystéres laisse à cet égard l'Object dans son entier. Voyez M. Abbadie Tr. de la Ver. &c. IX. Tableau de la R. Chr. P. 446. du 2 Tome seconde édit. REM DU TRAD.
XIII. 2. On n'est pas mieux fondé à dire que dans ces Livres il y a de certains Dogmes qui ne s'acordent pas avec la droite Raison. I. Cela se réfute, parce qu'une infinité de personnes savantes & éclairées, qui ont vécu depuis le commencement du Christianisme jusques à ce siécle, ont reconnu l'autorité de ces Livres nonobstant ces prétendues absurditez. II. On y trouve très-clairement enseignées toutes les choses, que nous avons fait voir dans le premier Livre être conformes à la Raison saine & dégagée de préjugez; savoir qu'il y a un Dieu; qu'il n'y en a qu'un; qu'il est très-parfait, tout-puissant, vivant aux siécles des siécles, infiniment sage & bon, auteur de tout ce qui existe réellement; que sa Providence s'étend sur toutes choses, mais particuliérement sur les hommes; qu'il peut récompenser après cette vie ceux qui lui obéïssent; qu'il faut mettre un frein à la cupidité; que tous les hommes sont d'un même sang, & par conséquent obligez à s'aimer reciproquement. Si quelqu'un par les seules lumiéres de la Raison prétend aller plus loin, & donner pour certaines ses spéculations sur l'essence de Dieu, & sur sa volonté, il s'engage par là dans une route périlleuse, & s'expose à mille égaremens; comme il paroît par la diversité presqu'infinie de sentimens que l'on remarque tant entre une Secte & l'autre, qu'entre ceux qui sont d'une même Secte. Et cela n'est pas étonnant. Car si lorsque les Savans entreprennent de discourir sur l'essence de l'ame, ils s'écartent infiniment les uns des autres, combien moins peuvent-ils s'acorder, lorsqu'ils veulent discourir à fonds de l'essence de cette Intelligence suprême, auprès de laquelle nôtre ame n'est qu'un point imperceptible? Si ceux qui connoissent le mieux les Maximes de la Politique, disent qu'il est dangereux de fonder les secrets desseins des Rois, & presque impossible d'y bien réüssir; y a-t-il quelqu'un qui puisse s'assûrer assez sur sa pénétration pour oser le flater de découvrir par ses conjectures, quels sont les desseins de Dieu dans des choses qui sont purement libres? C'est ce qui faisoit dire à Platon, avec beaucoup de justice, [12]que l'homme ne pouvoit connoître les desseins de Dieu que par le moyen des Oracles. Or il est sûr que l'Antiquité n'en a point eu de mieux avérez que ceux des Livres du Nouveau Testament. Et bien loin qu'on prouve que Dieu par quelques autres Oracles a révélé touchant son essence, des choses qui répugnent à ce qu'il nous en a apris dans ces Livres, on ne l'a même jamais prétendu. À l'égard de la manifestation de ses volontez, on n'en peut alléguer aucune qui soit postérieure à celle qu'il nous a faite, & qui ait quelque vraisemblance. Si avant les tems du Messie, Dieu a donné de certaines régles, ou a toléré de certaines choses qu'il n'a ni prescrites ni permises dans la Révélation nouvelle, cela ne fait aucun tort à cette Révélation; puis que c'étoient des choses indiférentes; ou du moins qui n'étoient ni nécessaires par elles-mêmes, ni contraires à la Vertu; & qu'en pareil cas, [13]les derniéres Loix annullent les premiéres.
Note 12:[ (retour) ] Que l'homme ne pouvoit connoître &c. S. Ambroise dit fort bien sur ce sujet, à qui ajoûterai-je foi sur ce qui regarde Dieu, qu'à Dieu même?