Note 13:[ (retour) ] Les derniéres Loix annullent les premiéres. Tertull. Plutarque, & les Jurisconsultes.

3. Obj. Qu'il y a dans ces Livres des choses contradictoires.

XIV. 3. Venons à la troisiéme objection tirée des contradictions que l'on croit apercevoir dans les Écrits du Nouveau Testament. Cette objection, bien loin de faire quelque tort à leur autorité, presente à tout esprit équitable un nouvel argument pour la divinité de ces Livres, puis qu'elle donne lieu de remarquer que dans les choses ou dogmatiques ou historiques, qui sont de quelque importance, il y a entre les Auteurs sacrez un acord si visible & si parfait, qu'il ne se trouve rien d'aprochant entre les Écrivains de quelqu'autre Secte que ce soit. Si on jette les yeux sur les Docteurs Juifs, sur les Philosophes Grecs, sur ceux qui ont écrit de la Médecine, & sur les Jurisconsultes Romains, on verra que non seulement ceux qui suivent une même Secte, Platon par exemple & Xénophon, sont très-souvent oposez; mais aussi que le même Auteur, comme s'il s'oublioit soi-même, ou comme s'il ne savoit pas bien à quoi se déterminer, avance souvent des choses contraires. Mais ceux dont il s'agit, parlent de ce que nous devons croire & pratiquer, & sont l'histoire de la vie, de la mort, & de la résurrection de Jésus Christ avec une uniformité si parfaite, que le précis de leurs enseignemens est par tout absolument le même. Pour ce qui regarde quelques circonstances de fort peu de poids, & qui ne regardent pas le fonds des choses; s'il y a quelque contrariété, il est très-possible qu'il y ait une maniére commode & sure de la lever; mais que nous l'ignorons, ou parce que certaines choses semblables sont arrivées en des tems diférens, ou parce qu'un même nom signifie plusieurs choses; ou parce qu'un même homme, ou un même lieu sont quelquefois marquez par plusieurs noms, ou enfin pour quelque autre raison.[A] Je dirai même qu'à le bien prendre; ces diversitez sont à quelque égard avantageuses à nos Auteurs, & qu'elles sont très-propres à dissiper le soupçon qu'il y eût de la collusion entr'eux, & qu'ils eussent conspiré à nous en faire acroire;[14] puis que ceux qui forment de pareils desseins, ont coutume de concerter si bien leurs récits, qu'ils n'y laissent pas même les moindres aparences de diversité. Que si quelques légères contradictions qu'on ne peut pas bien concilier, étoient capables de renverser tout un Livre qui d'ailleurs a de beaux caractéres de vérité, ce seroit fait de tous les Livres, & sur tout de toutes les Histoires. Mais on sait trop bien raisonner pour aller dans de tels excès: on a assez d'équité pour faire grace là-dessus à Polybe, à Denys d'Halicarnasse, à Tite Live, à Plutarque, & à d'autres, & pour n'en pas tirer des argumens contre leurs Ouvrages entiers. N'est-il donc pas sans comparaison plus juste, que puis que nos Auteurs font voir par tout un si grand atachement à la piété & à la Vérité, on les traite avec cette raisonnable condescendance, & qu'on passe par dessus ces petits embarras, en faveur des choses sures & indubitables dont leurs Livres sont remplis?

Note A:[ (retour) ] Et nous ne devons pas douter que nous ne démêlassions bien ces embarras, si nous avions autant de connoissance de ces tems là, que les premiers à qui ces Écrits furent mis entre les mains. ADD. DU TRAD.

Note 14:[ (retour) ] Puis que ceux qui forment de pareils desseins &c. C'étoit la pensée de l'Empereur Adrien, lors qu'il disoit qu'il faloit examiner si les témoins tenoient précisément les mêmes discours.

4. Objection: Qu'il y a des choses combatuës par les Auteurs étrangers.

XV. 4. On dit en quatrième lieu qu'il y a dans le Nouveau Testament des choses démenties par les Auteurs étrangers. Mais je soutiens hautement que cela n'est pas, si ce n'est peut-être que l'on entendît par ces Auteurs; ceux qui sont venus long tems après la naissance du Christianisme, & qui en étant les ennemis déclarez, sont dès là même absolument récusables. Pour ce qui est des Auteurs contemporains, ou de ceux qui ont écrit peu de tems après, bien loin qu'ils contredisent nos Livres, on pourroit, si cela étoit nécessaire, produire de leurs Écrits plusieurs témoignages qui confirment les principaux Points de l'Histoire sacrée. Nous avons déjà vû dès l'entrée du second Livre, que les Écrivains du Judaïsme & du Paganisme font mention de la crucifixion de Jésus-Christ, de ses miracles, & de ceux de ses Disciples. Dans les Livres que Joséphe a écrits environ quarante ans depuis l'ascension de Jésus Christ, il a parlé fort amplement d'Hérode, de Pilate, de Festus, de Félix, & de la ruïne de Jérusalem. Les Auteurs du Talmud s'acordent sur tout cela avec lui & avec nous. Tacite nous aprend la cruauté que Néron exerça contre les Chrétiens. On avoit autrefois tant dans les Écrits de quelques Particuliers, [15]comme de Phlégon, [16]que dans les Registre publics, des confirmations de ce que nous lisons dans l'Évangile, [17]de l'Étoile qui parut après la naissance de Jésus-Christ, du tremblement de terre que l'on sentit dans le tems de son crucifiement, & de l'éclipse de Soleil qui arriva dans le même tems contre le cours ordinaire de la Nature, puis qu'alors la Lune étoit en son plein. Et les Chrétiens, comme nous l'avons déjà remarqué, ne manquoient pas d'en apeller à ces Écrits, tant d'Auteurs particuliers, que de personnes publiques.

Note 15:[ (retour) ] Comme Phlégon &c. Chroniques, liv. XIII. «La quatrième année de la CCII. Olympiade, il y eut une Éclipse de Soleil plus remarquable qu'aucune de celles qui fussent encore arrivées. À midi le jour s'obscurcit tellement, que l'on vit les Etoiles. Et un tremblement de terre renversa beaucoup de maisons à Nicée ville de Bithynie.» Ces paroles se trouvent dans la Chronique d'Eusébe & de St. Jérôme, & dans Origéne.

Note 16:[ (retour) ] Que dans les Registre publics. Tertull. Apolog. ch. CXXI. Vous avez, ce mémorable accident dans vos Archives.

Note 17:[ (retour) ] De l'Étoile qui parut &c. Chalcidius, Philosophe Platonicien, dans son Commentaire sur le Timée de Platon. «Une autre Histoire plus digne de respect raporte qu'une nouvelle Étoile avoit paru, non pour présager des maladies ou la mort de plusieurs personnes, mais pour annoncer la descente d'un Dieu souverainement vénérable, qui devoit venir pour le salut des hommes; que cette Etoile ayant été vûe par des Chaldéens, hommes sages, & bons Astronomes, ils cherchérent le Dieu naissant, & que l'ayant trouvé dans la personne d'un enfant plein de majesté, ils lui rendirent leurs hommages, & lui firent des voeux très-dignes de sa Grandeur».