Note 14:[ (retour) ] Or tout cela ne se pouvoit acomplir &c. Joignez aux passages suivans celui-ci de Jér. III. 16. Dans ces jours-là, dit le Seigneur, on ne dira plus l'Arche de l'Alliance du Seigneur; on n'y pensera plus, & l'on ne s'en souviendra plus, & l'on ne visitera plus l'Arche.
Preuve de la même vérité, à l'égard de la diférence des viandes.
XI. Après avoir prouvé que la Loi qui ordonnoit les sacrifices n'étoit pas nécessaire en elle-même, & que Dieu Dieu ne l'avoit donnée que pour un tems, prouvons la même chose à l'égard de la Loi qui défendoit certaines viandes. Il est constant qu'après le déluge, [15]Noé reçut de Dieu le droit de manger de tout indiféremment: & que non seulement Japhet & Cham, mais aussi Sem & ses Descendans, Abraham, Isaac, & Jacob, jouïrent du même droit. Mais après que le Peuple d'Israël eut pris goût aux superstitions des Égyptiens, pendant le séjour qu'il fit parmi eux, Dieu, pour la premiére fois, lui défendit de manger de certains animaux; [16]soit que ces animaux fussent de ceux que les Égyptiens sacrifioient à leurs fausses Divinitez, & dont ils tiroient des présages & des auspices; soit que Dieu dans une Loi toute figurative, voulût corriger certains vices, en interdisant quelques animaux, [17]dont le naturel avoit du raport avec ces vices. Mais il n'est pas dificile de montrer que toutes les Loix qui réglent cette diférence de viandes, ne sont pas universelles. Cela paroît premiérement par la Loi du Ch. XIV. du Deutéronome, selon laquelle il n'est pas, à la vérité, permis aux Israëlites de manger d'une bête morte d'elle-même: mais il l'est [18]à ceux d'entre les Cananéens à qui les Israëlites étoient obligez de rendre toutes sortes de bons ofices, comme à leurs Fréres, & comme à ceux qui adoroient le même Dieu. II. [19]Les anciens Docteurs Juifs ont aussi enseigné clairement, que dans les tems du Messie, la Loi qui mettoit de la diférence entre les viandes, cesseroit, & que la chair de porc ne seroit pas moins pure que celle de boeuf. III. En éfet, lors que Dieu s'est voulu faire un Peuple d'entre toutes les Nations, il étoit plus raisonnable qu'il donnât à tous ceux qui constituoient ce nouveau Peuple, une entiére liberté à l'égard de ces sortes de Loix, que de leur imposer à tous un même joug.
Note 15:[ (retour) ] Noé reçut de Dieu le droit de manger &c. On pourroit objecter que dans l'Histoire du Déluge il est parlé de bêtes nettes, & d'autres qui ne le sont pas. Mais, ou cela est dit par anticipation, comme à des gens qui connoissoient déjà cette distinction par la Loi, ou l'on doit entendre par bêtes qui ne sont pas nettes, celles dont les hommes s'abstiennent par une aversion naturelle, auquel sens Tacite Hist. liv. VI. apelle ces bêtes profanes; ou enfin il faudra entendre par celles qui sont nettes, celles qui se nourrissent d'herbes, & par les impures, celles qui vivent de la chair d'autres animaux.
Note 16:[ (retour) ] Soit que ces Animaux fussent de ceux que les Égyptiens sacrifioient &c. Origéne contre Celsus liv. IV. «Les Démons ayant quelque pénétration pour les choses à venir, tant parce qu'ils ne sont pas engagez dans des corps terrestres, que parce qu'ils ont beaucoup d'expérience, & d'ailleurs faisant leur unique étude de détourner les hommes du vrai Dieu, se glissent dans les bêtes les plus féroces, & dans celles où l'on voit le plus de finesse & de ruse, les font mouvoir où il leur plait, & autant de fois qu'il leur plait; ou même, ils excitent l'imagination de ces bêtes à prendre leur vol, ou à marcher vers ce lieu-ci, ou vers un autre. Leur dessein est, que les hommes surpris par les présages que ces diférens mouvemens leur fournissent, cessent de chercher Dieu qui contient toutes, choses, qu'ils abandonnent la piété, & prennent les objets de leur culte dans des choses terrestres, dans les oiseaux les dragons, les renards & les loups. En éfet les Devins ont remarqué que les plus considérables présages se tirent de ces animaux que je viens de nommer: ce qui vient aparemment de ce que les Démons ne peuvent pas aussi bien venir à leurs fins par les animaux d'un naturel plus doux, que par ces autres qui ont quelque image de vice & de méchanceté. C'est pourquoi entre toutes les choses que j'ai admirées dans Moyse, celle-ci est une des plus grandes: C'est qu'ayant une parfaite connoissance de la nature des animaux & de la conformité de quelques-uns avec la génie des Démons, soit qu'il ait eu cette connoissance par révélation, soit qu'il l'ait eue par lui-même, il a déclaré impurs tous les animaux, dont les Égyptiens & les autres Peuples se servoient pour deviner, & purs ceux qui n'étoient pas de ce nombre.» C'est à cela que se raportent ces paroles de Manéthon, Moyse établit plusieurs Observances contraires à celles des Égyptiens.
Note 17:[ (retour) ] Dont le naturel avoit du raport avec ces vices. St. Barnabé dans son Épître fait un long raisonnement là-dessus, dont voici l'abrégé. «Toutes les défenses que Moyse a faites de manger de certains animaux, & de s'abstenir des autres, ont un sens spirituel. Ne mangez pas de Chair de pourceau, dit-il; cela veut dire, ne soyez pas semblables à ceux qui lors qu'ils sont dans l'abondance, oublient leur Seigneur, & qui ne le reconnoissent que dans l'adversité; en éfet, lors que le pourceau a faim, il crie, mais il se tait après qu'on lui a donné à manger. Ne mangez point d'aigle, de milan, de corbeau, c'est-à-dire, ne vivez point de rapine, mais gagnez vôtre vie en travaillant. Ne mangez point de lamproye, de polype, ni de sèche, c'est-à-dire, ne vous rendez pas semblables à ceux qui vivent toûjours dans l'impiété, & qui sont réservez à la mort éternelle. Car ces poissons qui sont les seuls qui soient défendus, ne s'élévent jamais vers la surface de l'eau, & demeurent toûjours dans le fond. Ne mangez point d'hyène, c'est-à-dire ne soyez pas adultére. La raison de ce sens est, que cette bête change de sexe tous les ans. Vous mangerez des bêtes qui ruminent; cela signifie qu'il faut se joindre à ceux qui méditent dans leurs coeurs les Préceptes qu'ils ont reçus de vive voix; qui parlent des Ordonnances de Dieu, & qui les gardent, qui savent que la méditation remplit un coeur de joye, & qui en un mot ruminent la parole de Dieu. Vous mangerez de celles qui ont le pié fourchu: c'est que les Justes, dans le tems même qu'ils cheminent dans ce siécle, atendent celui qui est à venir. Admirez par cet échantillon la beauté des loix de Moyse.» Philon & Aristée citez par Eusébe ont fait les mêmes réflexions.
Note 18:[ (retour) ] À ceux d'entre les Cananéens &c. C'étoient ceux qui craignoient Dieu, mais qui n'étoient pas circoncis. Il en est parlé Lévit. XXII. 25. & XXV. 4. 7.
Note 19[ (retour) ] Les anciens Docteurs Juifs &c. Le Rabbin Samuel. Le Talmud dit en général que la Loi ne durera que jusqu'au tems du Messie. Le R. Béchaï & quelques-autres, croyent que la Loi qui défendoit de certaines viandes, n'obligeoit que les Juifs qui demeuroient dans la Palestine. Il est même à remarquer que les Juifs ignorent ce que signifient la plûpart des noms d'animaux qui sont marquez dans la Loi, & qu'il y en a beaucoup d'autres sur lesquels ils disputent. Or il n'y a pas d'aparence que Dieu les eût laissez dans cette ignorance, si cette Loi eût dû durer jusques à ce jour.
2. De la diférence des jours.
XII. Pour ce qui est des jours solemnels, & distinguez des autres jours, ils furent tous instituez en mémoire de la grace que Dieu fit à son Peuple, de le délivrer du cruel esclavage qu'il soufroit en Égypte, & de le mener dans la Terre promise. Or Jérémie dit au Ch. XVI. & XVIII. qu'un jour viendroit auquel de nouvelles graces infiniment plus excellentes, obscurciroient tellement celle-là, qu'à peine en seroit-il plus parlé. Outre cela les jours de fête eurent aussi le même sort que les sacrifices. Le Peuple vint à les estimer plus qu'il ne devoit, & à croire que pourvu qu'il les observât exactement, les péchez qu'il pourroit commettre d'ailleurs, seroient extrêmement légers. C'est là-dessus que Dieu déclare au Ch. I. d'Esaïe, qu'il avoit du dégoût pour leurs nouvelles lunes, & pour leurs fêtes; & qu'elles lui étoient tellement à charge, qu'à peine pouvoit-il plus les suporter.