Note 33:[ (retour) ] Regardèrent Hérode &c. Matth. XXII. 16. Marc. III. 6. Dans un ancien Commentateur de Perse on lit ces paroles: «Hérode régnoit du tems d'Auguste dans une Contrée de Syrie. Une sorte de gens qui s'appeloit Hérodiens célébroit le jour de sa naissance, & au jour du Sabbat ils mettoient sur leurs fenêtres à son honneur, des lampes allumées & couronnées de violettes.»

Note d:[ (retour) ] Judas le Gaulonite, dit Joseph, Hist. des Juifs, L. 18. étoit de la Ville de Gamala; affilié d'un Pharisien nommé Sadoc, il sollicita le Peuple à se soulever, disant que le dénombrement ordonné par Auguste, montroit clairement qu'on vouloit le réduire en servitude. Dans le second Livre de la guerre des Juifs, il dit encore: Un Galiléen nommé Judas porta les Juifs à se révolter, en leur reprochant qu'en païant le tribut aux Romains, ils égaloient les hommes à Dieu, puisqu'ils les reconnoissoient pour maîtres aussi bien que lui. Les Actes des Apôtres, ch. 9, ont parlé aussi de cet imposteur. Judas de Galilée, disent-ils, s'éleva lorsque se fit le dénombrement du peuple, & il attira à son parti beaucoup de monde; mais il périt, & ceux qui avoient cru en lui se dissiperent. TRAD. DE P. L. E.

Réponse à l'objection que l'avénement a été diféré à cause des péchez du Peuple.
Note A: Dan, IX, 24.
Note A: Es. LIII. 4. Jer. XXXI. 31. &c.

XVI. Comme les Juifs se sentent extrémement pressez par ces argumens, qui prouvent que le Messie est venu; quelques-uns pour les éluder, disent que les péchez des Juifs, sont cause qu'il n'est pas venu dans le tems auquel Dieu avoit promis de l'envoyer.[34] Mais pour ne pas dire que la promesse que Dieu en fait, marque un dessein absolu, & non pas un dessein conditionnel, c'est-à-dire, que Dieu ne promet pas de donner le Messie, au cas que son Peuple demeure saint & juste, mais qu'il promet absolument qu'il le lui donnera: sans cette réponse, dis-je, comment la venue du Messie auroit-elle pu être diferée à cause des péchez du Peuple; puis que Dieu, dans les mêmes Oracles, avoit aussi prédit[A-marg.], qu'en punition du grand nombre de péchez énormes que le Peuple avoit commis, il détruiroit Jérusalem peu de tems après que le Messie se seroit présenté à ce Peuple? Mais ce qu'il y a de plus fort, c'est que la raison même pour laquelle il devoit venir, c'étoit afin qu'il remédiât[B-marg.] à la corruption extrême du siécle auquel il paroîtroit; & qu'avec des Loix propres à corriger les moeurs, il aportât aux hommes le pardon de leurs crimes. C'est dans cette vue que Zacharie dit au Ch. XIII. qu'il y auroit une source ouverte à la maison de David & à tous les habitans de Jérusalem, pour les nettoyer de leurs péchez; Les Juifs mêmes apellent souvent le Messie[35] ISCH COPHER, c'est-à-dire, Celui qui apaise ou qui expie. Or il est de la derniére absurdité de dire, que parce qu'une certaine maladie est survenue, on a diféré d'aporter le reméde qui étoit précisément destiné à la guérir.

Note 34:[ (retour) ] Mais pour ne pas dire que &c. Joséphe liv. X. chap. 12. parlant de Daniel, remarque fort à propos «qu'il n'avoit pas seulement prédit en général comme les autres Prophétes, les choses qui devoient arriver, mais qu'il a aussi marqué les tems ausquels elles arriveroient.» On voit par Mal. 3. que le dessein d'envoyer le Messie n'étoit pas conditionnel. De plus comme le Messie devoit être Auteur d'une nouvelle Alliance, comme cela paroît par les Prophétes, il est absurde de dire que son avénement dépendoit de l'observation de l'ancienne Alliance laquelle il devoit abolir.

Note 35:[ (retour) ] Isch Copher. Voyez la Paraphr. Chald. sur le Cantique des Cant. I. 14. Les Rab. Judas & Siméon ont dit que le Messie porteroit nos péchez.

2. Preuve. Comparaison de l'état présent des Juifs avec ce que la Loi leur promettoit.

XVII. Outre tous les passages qui marquent expressément le tems du Messie, & d'où nous concluons invinciblement que ce tems est passé, les Juifs n'ont qu'à jetter les yeux sur leur état présent pour en être convaincus. Lors que Dieu traita Alliance avec eux par Moyse, il leur promit qu'ils posséderoient la Palestine tranquillement & heureusement, tant qu'ils méneroient une vie conforme à ses Préceptes. A quoi il ajoûta des menaces de bannissement, & de plusieurs autres maux de cette espéce, au cas qu'ils vinssent à violer ses Loix. Mais il leur promit, cependant, que si après avoir quelque tems gémi sous la pesanteur de ces maux, ils venoient à se repentir de leurs crimes, & qu'ils rentrassent dans les bornes de leur devoir, il se laisseroit toucher de compassion pour eux, & les feroit retourner en leur Païs, quand même ils auroient été dispersez jusqu'aux extrémitez de la Terre. Cela se voit en plusieurs passages, particuliérement au Ch. XXX du Deuter. & au I. de Néhémie. Or depuis plus de 1500 ans les Juifs sont bannis de leur Païs; ils n'ont plus de Temple;[36] & si quelquefois ils ont entrepris d'en rebâtir un, ils ont rencontré des obstacles insurmontables: jusques-là que sous Julien à peine eurent-ils mis la main à l'oeuvre, qu'il sortit de terre, auprès des fondemens, de grands tourbillons de flammes, qui dévorèrent ceux qui travailloient. C'est ce que nous apprenons d'Ammien Marcellin[e] Auteur Payen. Autrefois, le Peuple s'étant plongé dans les plus grands vices, & étant allé jusqu'à sacrifier les enfants à Saturne, à compter l'adultère pour rien, à piller la Veuve & le Pupille, à répandre en abondance le sang innocent, crimes que les Prophètes leur ont souvent reprochés; toute la peine que Dieu leur infligea, fut un exil de 70 ans, pendant lequel, encore, il ne cessa de s'adresser à eux par les Prophètes, & de les consoler par l'espérance du retour, dont il leur marqua même le temps. En vérité cette peine est bien légère, au prix de ce qu'ils souffrent depuis la dernière dissipation qui leur arriva sous les Empereurs Romains. Ils ne sont pas seulement privez de leur Patrie, ils sont l'objet du mépris de tout le monde. Aucun Prophète ne s'élève parmi eux. De quelque côté qu'ils se tournent, ils n'aperçoivent aucune marque qui leur fasse espérer d'être rétablis dans leur leur Païs. Leurs Docteurs, comme s'ils étoient frapez de vertige, se sont laissé aller à ces Contes bas, & à ces opinions ridicules dont le Talmud est rempli, ausquelles ils osent donner le nom de Loi Orale, & qu'ils mettent en parallèle avec la Loi que Moyse a écrite, pour ne pas dire qu'ils la préférent à cette Loi. Qu'y a-t-il par exemple, de plus ridicule que ce qu'ils disent, que Dieu pleura de ce qu'il avoit laissé détruire Jérusalem, & qu'il lit exactement la Loi tous les jours? Qu'y a-t-il de plus puéril, que ce qu'ils content du Béhémoth & du Leviathan, & que je ne puis m'amuser à raporter, non plus que cent autres rêveries? Quel est donc le grand crime qui a atiré sur eux de si terribles malheurs? Certes, ce n'est pas l'Idolatrie, à laquelle ils étoient autrefois si sujets, & qui fut cause de leur captivité. Ce ne sont pas aussi ni les homicides ni les adultéres. Ils sont assez innocens à cet égard; ils tâchent même, à l'envi les uns des autres, [37]de se rendre Dieu propice des priéres, & par des jeûnes: mais Dieu n'y a aucun égard. Il faut donc nécessairement dire l'une ou l'autre de ces deux choses; ou que l'Alliance Mosaïque a été entiérement abolie, ou que le Corps entier de la Nation Judaïque s'est rendu coupable de quelque crime bien énorme & dont la punition n'est pas encore achevée. Si c'est la seconde de ces deux choses, qu'ils nous disent quel est ce crime, & s'ils ne le peuvent, qu'ils commencent donc à ajoûter foi à ce que nous disons, que ce crime n'est autre que celui d'avoir rejetté le Messie, qui est venu avant que ces malheurs leur arrivassent.

Note 36:[ (retour) ] Et si quelquefois ils ont entrepris &c. Cela est arrivé sous Adrien, sous Constantin & sous Julien.

Jer. xxv. 13