Réponse à l'objection prise de la bassesse & de la mort de Jésus-Christ.
XX. La plûpart des Juifs sont choquez de la condition obscure & basse de Jésus-Christ; mais à tort. Ils devroient avoir apris en mille endroits de l'Écriture que Dieu éléve les humbles, & qu'il abaisse les orgueilleux. Ils devroient y avoir remarqué que Jacob, qui avoit passé le Jourdain sans autre équipage que son bâton, le repassa quelque tems après avec une quantité incroyable de bétail; que Moyse étoit exilé, pauvre, & réduit à la condition de berger, lors que Dieu lui aparut dans le buisson, & lui donna la conduite de son Peuple; que David fut tiré d'entre les troupeaux pour être élevé sur le Trône; qu'en un mot l'Écriture sainte est pleine d'exemples qui prouvent cette vérité. À l'égard du Messie, les Prophétes disent que la nouvelle de sa venue seroit agréable aux Pauvres; qu'il n'exciteroit ni querelles ni disputes; qu'il agiroit d'une maniére pleine de douceur; qu'il épargneroit le roseau cassé, & qu'il n'éteindroit pas dans le lumignon fumant ce qu'il y resteroit de chaleur.
Es. LXI, 1.
Es. XLII. 2. 3. 4
Les maux qu'il a souferts, & la mort même qu'il a subie, ne doivent pas le rendre plus odieux que cette condition peu relevée. Souvent Dieu permet que non seulement les gens de bien soient inquiétez & afligez par les méchans, comme Lot le fut par les habitans de Sodome; mais que ceux-ci même les fassent mourir. Abel fut massacré par son frére; [39]Ésaïe fut scié; les fréres Macchabées & leur Mére expirérent au milieu des tourmens. Dans le Ps. LXXIX. que les Juifs chantent aussi bien que nous, on voit une triste description des cruautez que les Ennemis de ce Peuple avoient exercées contre lui. Ils ont donné, dit le Psalmiste, les corps morts de tes serviteurs aux oiseaux pour leur servir de pâture. Les restes de ceux que tu aimes, ô Dieu, ont servi de nourriture aux bêtes. Ils ont répandu leur sang aux piez de murs de Jérusalem, & il ne s'est trouvé personne qui les ensevelît, &c. Quand tous ces exemples nous manqueroient, [40]le Ch. LIII d'Ésaïe prouveroit sufisamment à toute personne atentive, que le Messie a du parvenir à son Régne par les miséres, & par la mort; & aquerir ainsi le pouvoir d'enrichir les Fidèles des biens les plus excellens. Nous le mettrons ici tout entier Qui a cru à nôtre parole, & qui a reconnu la puissance de Dieu? La cause de cette incrédulité est, qu'Il s'est élevé comme un tendre rejetton sous les yeux de Dieu, & comme une herbe qui...
Note 39:[ (retour) ] Ésaïe fut scié. C'est ce que porte la Tradition des Juifs. Joséphe le dit aussi liv. X. 4. Chalcidius sur le Timée de Platon, Ces deux Prophétes ont été tuez par des scélérats, qui ont écartelé l'un & lapidé l'autre. C'est à cela qu'il faut raporter Héb. XII. 37.
Note 40:[ (retour) ] Le chapitre LIII. d'Ésaïe. La Paraphrase Chaldaïque & de la Gemara de Babylone ont expliqué ce chap. du Messie.
[Note du transcripteur: Les pages 329 et 330 manquent au document source.
...ra leurs péchez.. [46] Lors que les dépouilles se partageront entre les combatans, je lui en donnerai une part excellente; parce qu'il s'est livré à la mort; qu'il a été mis au rang des scélérats; & que portant la peine des péchez des autres, il s'est établi intercesseur pour ceux qui étoient coupables.
Note 46:[ (retour) ] Lors que les dépouilles se partageront. La Gemare de Babylone enseigne que cela se doit entendre dans un sens spirituel.
Nous défions ceux que nous combatons ici, de nous pouvoir marquer quelques-uns de leurs Rois ou de leurs Prophétes, à qui tout ce Chapitre se puisse apliquer. Les Juifs modernes se sont avisez de prétendre qu'il s'agissoit ici, non d'une personne singuliére, mais de leur Nation même dispersée dans tous les endroits du Monde; & qui à la faveur de cette dispersion, devoit faire par tout un grand nombre de Prosélytes par ses bons exemples, & par ses discours. Mais I. cette explication choque une infinité [Dan. IX. Neh. IX. &c.] de passages de l'Ecriture, qui disent clairement [47]qu'il n'est rien arrivé de fâcheux aux Juifs, qu'ils n'ayent mérité par leurs crimes; rien même qui ne soit beaucoup au dessous de ce qu'ils ont mérité. II. La suite & l'enchaînure de ce Discours prophétique ne s'ajuste nullement avec cette interprétation. Le Prophéte, ou ce qui s'acorde mieux aux termes de ce passage, Dieu lui-même s'exprime ainsi, Ce mal lui est arrivé à cause des péchez de mon Peuple. Or le Peuple d'Esaïe, ou plutôt, celui de Dieu, par distinction, n'est autre que la Nation Juive: & par conséquent celui dont Esaïe dit qu'il a soufert de si terribles maux pour son Peuple, ne peut pas être le Peuple Hébreu. Les anciens Docteurs Juifs étoient donc beaucoup plus raisonnables que ceux d'aujourd'hui, lors qu'ils avouoient que tout ce Chapitre regarde le Messie. Cet aveu, & le respect de l'Antiquité, ont obligé quelques Juifs modernes de feindre deux Messies, l'un, disent-ils, fils de Joseph qui devoit soufrir beaucoup de maux, & même une mort sanglante; & l'autre, qui sera fils de David, qui régnera glorieusement; & dont toutes les entreprises auront un très-heureux succès. Mais on sent bien que c'est là une pure défaite, & qu'il eût été bien plus naturel & plus conforme aux Oracles des Prophétes, [48]de reconnoître un seul Messie, à qui mille traverses terminées par le dernier suplice, ouvriroient un chemin à la Royauté. C'est ce que nous croyons à l'égard de Jésus-Christ, & c'est aussi ce que l'événement a parfaitement confirmé.