Le Vésinet, 26 août 1868.

Mon cher ami,

Vous êtes un vrai musicien!... Et c'est mal à vous de venir me troubler dans masolitude par des portraits erotiques... Vous êtes un affreux gredin... Moi qui depuis plus de trois jours ne songeais plus à la femme!...

Je suis plein d'indulgence pour ce genre de crimes... et pour cause... mais allez à Capoue!...

Il faut travailler... Quand on a ce que vous avez dans le ventre, il ne faut pas tout dépenser de la même manière.

Le voyage va vous remettre.—Et après... à la besogne (...Excusez ce papier à lettres... Tout ce qu'on achète au Vésinet est du même tonneau).

Ces Allemands ne sont plus que des Prussiens et l'article dont vous me citez des extraits est tout simplement idiot!

Je suis absolument de votre avis sur la nouvelle partition de Wagner.—Du génie, certes! Mais quel poseur! Quel raseur! Quel goujat! Il a publié dans le Guide musical de Bruxelles des articles avec lesquels j'aimerais à lui torcher la figure.—Selon lui, le Faust de Gounod est de la musique de cocottes!...[56] «La Prusse, dit-il, est destinée à détruire la France politiquement.—La Bavière, son prince à la tête, la détruira intellectuellement.»—Ce républicain de carton m'amuserait beaucoup, s'il ne me dégoûtait pas.—Ce monsieur, qui acceptait en 1847 150,000 marcs du roi de Saxe pour faire monter un de ses opéras, était le premier à tirer des coups de fusil sur le même roi de Saxe en 1848.—Assez!

J'ai été très malade... trois angines!

On fait en ce moment deux opéras sur lesquels j'ai l'œil très ouvert.—Un des deux intéresse beaucoup Perrin—et d'ici à quelques mois j'aurai probablement un ouvrage en train.—Mais que c'est long!