— Je crois que cinq louis feront l’affaire. Veux-tu que je les remette de ta part ?
L’oncle donna à son neveu un billet de cent francs tout neuf. A l’heure qu’il est, il ignore encore que Si-Hamza aida la demoiselle à enterrer son père, avec des écrevisses autour.
J’ai rendez-vous le lendemain matin avec ce neveu vraiment « fin de siècle » pour visiter les boutiquiers de Géryville.
C’est dimanche. Il me conduit au petit marché tout à fait désert. Il me montre un âne pelé qui prend le soleil seul au milieu de la place, et il prononce :
— Géryville… toujours aussi gai que ça… La place de l’Opéra… à Paris… Ah !
Nous sommes suivis par une foule de dévots, des hommes, des enfants, qui cherchent à toucher les vêtements du marabout, à baiser ses mains.
Dans le tas, un nègre affreusement lippu est plus acharné que les autres ; il s’est emparé d’un pan de haïk. Mais Si-Hamza le repousse de son poignet solide :
— Va laver ton museau !
Il est impossible d’apporter moins de ménagements dans le soin de sa popularité. Si-Hamza met évidemment de l’amour-propre à en agir de la sorte devant un roumi. Il sait que nul affront ne découragera la piété des croyants pour l’élu qui a dans les veines le sang sacré de Sidi-Cheikh. Et il jongle avec son magique pouvoir.