A côté de notre tente, on a dressé un autre pavillon pour les gens de la suite. Le caïd vient leur tenir compagnie. Comme il est bavard, il cause jusqu’à une heure avancée de la nuit.
Je ne puis arriver à m’endormir, à la pensée que ce Sahara à qui j’ai tant rêvé est là derrière un rideau d’arbres et que demain j’enfoncerai mes pieds dans son sable. Je suis donc la conversation de notre hôte. Il raconte ses affaires de famille. Il parle d’une de ses filles. Il ne peut plus retrouver le nom de celui à qui il l’a mariée.
— Tu sais bien… le grand… qui a reçu un coup de sabre sur le front et qui campait tout près d’ici ?…
Un bruit formidable comme un coup de tonnerre interrompt brusquement cette causerie. Tout le monde se jette hors des tentes : c’est un palmier que le vent vient d’abattre avec sa charge de dattes : son tronc énorme barre le sentier par où nous sommes descendus hier soir.
Le bon caïd arrive le premier sur le lieu du sinistre. Et cherchant quelque phrase majestueuse appropriée à la circonstance, il rejette son manteau rouge sur son épaule, il étend le bras vers l’arbre et prononce d’un ton solennel :
— Voyez le pouvoir de Dieu !
X
L’équitation en méhari.
Quand de son fauteuil on rêve au Sahara et qu’apparaissent devant les yeux les blancheurs vides du Grand Désert, on voit se développer une grève de sable, sans relief, presque sans moutonnement où les caravanes s’enlisent. Cette prévention tient en nous par de si fortes racines que, au seuil du désert, le premier mouvement est ce cri étonné :