Et comme Bent-el-Rhass devait commander à des hommes, Allah lui donna par surcroît les dons virils. Derrière les paroles, sa pensée devinait le secret des cœurs. Derrière les obstacles, ses yeux voyaient à trois jours de marche.
Un jour, sa chamelle favorite se sauva loin du gara, brûlée par l’amour d’automne. Les vieux cavaliers estimaient son prix à quatre cents boudjou. On aurait donné dix chameaux de bât pour elle.
Personne n’osait annoncer à Bent-el-Rhass le départ de la chamelle bien-aimée. Mais elle-même, étant montée sur sa terrasse, après le bain, à l’heure du moghreb, mit la main sur ses yeux à cause du soleil couchant.
Et elle prononça :
— Je vois ma chamelle qui a suivi l’amant de son cœur.
En même temps, elle cria à haute voix :
— Zem ! Zem !
C’est-à-dire : « Reste là ! »
Des cavaliers coururent dans la direction que Bent-el-Rhass avait indiquée, et le troisième jour, ils découvrirent la chamelle sous un bétoum. Agenouillée sur la terre, elle ruminait du drine.
Le Sultan Noir entendit parler de Bent-el-Rhass. Il leva ses tentes et dit à ses cavaliers :