— Allons trouver la femme qui a une âme, je veux avoir un fils d’elle.
Il envoya devant lui des chanteurs qui, au pied du gara, vinrent déclamer des vers en l’honneur de leur maître :
« Que de fois, IL a étendu sur la poussière le mari d’une femme très belle, dont la vie coulait par une blessure semblable à une lèvre fendue. Bent-el-Rhass, interroge les cavaliers si tu ignores ses exploits. Ils te diront qu’IL est toujours monté sur un cheval rapide et couvert de cicatrices.
« Son fer perce les burnous : le héros n’a point d’abri contre sa lance.
« IL le laisse en pâture aux bêtes sauvages qui rongent ses belles mains, ses beaux bras.
« Lorsqu’IL met pied à terre pour achever un ennemi, les lèvres du mourant se relèvent sur les gencives. Mais ce n’est pas pour sourire.
« Sa lance s’allonge comme les cordes d’un puits pour s’enfoncer dans le poitrail des chevaux ; sa jeunesse brille comme un bracelet sous les plis d’un haïk. »
Bent-el-Rhass écouta les chanteurs déclamer. Quand ils eurent déposé leurs instruments, elle répondit par les vers du poète :
« J’ai pour demeure Adya, une citadelle avec de l’eau, où je puise quand je veux. Ma forteresse est élevée ; les aigles eux-mêmes n’y peuvent atteindre. Si une injustice me vise, je n’en souffre pas. »