Alors le Sultan Noir envoya deux vizirs au pied du rocher pour annoncer ses présents.

— Bent-el-Rhass ! notre maître a apporté pour toi mille douros dans un coffre. Il te le fera remettre par dix négresses d’une beauté parfaite, nées le même jour. Tu trouveras parmi ces présents innombrables des bracelets de bras et de pieds en argent ; deux pièces d’étoffe du Soudan de dix coudées, quatre haïks fins, des tapis et des pantoufles de Fâss, quarante guessâa de blé, vingt guessâa d’orge, six pots de beurre, des clous de girofle, du serghîna, du koheul et des parfums pour la toilette des femmes, enfermés dans une haïba en peau de lérouy, avec sa serrure.

Bent-el-Rhass répondit aux vizirs :

— Dites ceci à votre maître : la quenouille de mes femmes suffit à me vêtir ; l’antimoine est aussi sombre dans ce pays-ci que dans le sien.

Les vizirs revinrent au camp, vers l’Achâ, c’est-à-dire deux heures après le coucher du soleil. Le Sultan Noir avait donné l’ordre de préparer du couscoussou à la poule, au mouton et à la citrouille, des viandes rôties, des dattes et du lait frais pour mille bouches. Deux nègres tenaient par la bride, l’un à droite, l’autre à gauche, un mulet caparaçonné d’un tapis à franges qui devait ramener la fiancée.

Quand il connut la réponse de Bent-el-Rhass, le Sultan entra dans une grande colère. Il ordonna :

— Jetez dans la fontaine toutes les toisons des moutons que vous avez égorgés ; aveuglez la source avec du sable. Demain, l’eau manquera à la Reine des Gour, et peut-être le soleil attendrira son cœur.

Les nègres firent comme leur maître avait dit, et le lendemain, à l’aurore, quand les femmes de Bent-el-Rhass vinrent pour chercher de l’eau au puits, elles virent que la source ne sanglotait plus dans le sable.

Elles coururent conter à leur maîtresse la mauvaise nouvelle.