J’ai fait, à Paris, quelques jours avant mon départ, la connaissance de M. Fernand Foureau. Il rentrait d’une mission au Tademayt (territoire d’In-Salah) qu’il a depuis publiée sous la forme d’un rapport au ministre de l’instruction publique. M. Foureau rapportait de son intéressant voyage des documents de toute espèce, photographies des contrées parcourues, notices botaniques, observations d’astronomie.

L’homme ne m’a pas moins intéressé que l’œuvre même. Je vois d’ici la table du café de la Paix où, en buvant des boissons fraîches, M. Foureau m’a conté comment il a rencontré par hasard son associé, M. Fau.

Tous deux portaient le même rêve ; tous deux avaient battu le monde. Ils descendirent dans l’Oued-Rirh avec l’intention première d’élever des autruches. Mais les caprices de la mode, la fluctuation du cours des plumes les détourna de persévérer longtemps dans leurs projets. Ils achetèrent du domaine de l’État des terres qui leur parurent les plus favorables à la culture du palmier et plantèrent des espaces que l’on croyait alors voués pour toujours à l’abandon. Aujourd’hui, la Compagnie de l’Oued-Rirh a exécuté plus de treize forages avec ses propres outils. Elle verse sur le sable plus de deux mille cinq cents litres d’eau artésienne à la minute. Elle a plus de soixante mille palmiers en rapport dans ses diverses plantations de Touggourt, Djedida, Tamerna, Tigdidine, Ourlana, Mraïer, Biskra.

J’écoutais chanter tous ces noms, et derrière la tête correcte et chauve du garçon de café qui nous versait l’eau frappée, dans la fumée des cigarettes, je voyais apparaître cette silhouette merveilleuse, biblique, ce jardin de rêve, un oasis du Sahara… Me voici sur la route dont on me parlait, et à cette heure — étrange mobilité de l’homme — c’est de Paris que je rêve, comme de la cité paradisiaque. Pour me distraire des visions de cocktail glacé bu dans des verres troubles de buée, lentement, avec des pailles, je demande à Charles quelques détails sur la culture des palmiers.

Il s’y entend en gros, comme le premier paysan venu que vous rencontrerez le long d’une route vous renseignera sur la culture du blé, sur les rites des semailles et de la moisson. Il me conte avec des images d’un pittoresque violent que l’arbre a deux sexes séparés sur des pieds différents :

— Ça c’est le mâle… Et ça c’est…

— Parfaitement !

Sur les pieds sauvages la fécondation est incomplète. L’art a perfectionné la nature.

C’est par bouture que le palmier se reproduit. Au pied de tout arbre qui n’a pas encore atteint les grandes hauteurs, je vois plusieurs « drageons ». Il suffit de détacher un de ces drageons, de le planter et de l’arroser régulièrement. A cinq ans le palmier femelle commence à produire. Mais il ne commence à compter, comme sujet de rapport, qu’à partir de la quinzième année.