J’en demande bien pardon aux magistrats qui ont charge de punir les usurpations de titres, mais si j’avais fait à ce moment-là l’aveu de mon mandarinat civil, le courrier de Touggourt ne serait point arrivé à Biskra ni le voyageur à destination.

Je prononce donc quelques paroles militaires et impératives. Et si les cogneurs ont de la méfiance, ils n’osent point la faire paraître. Un monsieur qui arrive ainsi de nuit, par la voiture de la poste, ne peut être qu’un officier.

Toutefois, nos tribulations ne sont pas terminées. Au milieu du chott Melrirh, l’Arbi arrête son cheval :

— Voyez-vous là-bas ?

Il y a des lueurs intermittentes au ras de la plaine, des tentes ou des feux follets.

Comme ces parages ne sont pas sûrs, mon cocher éteint sa lanterne. Et nous voilà roulant dans les ténèbres.

Elle me paraît interminable, cette seconde nuit de veille, après la lourde chaleur du jour. L’Arbi fait de grands efforts pour m’empêcher de dormir ; et, dans la crainte de me voir tomber, emporté par le poids de ma tête, il imagine de me ficeler sur le siège. Je lui fais promettre qu’après le chott, au relais, il me donnera une demi-heure de repos.

Les gens qui gardent cette écurie ont des figures sinistres. La semaine dernière, ils ont pillé la cantine d’un officier. Et, quand nos guides ont passé là, vingt-quatre heures derrière la poste, avec nos bagages, ils ont été attaqués par des voleurs. On a fait le coup de feu et Cheikh-Bou-Djemâa a poursuivi les attaqueurs, dans la nuit, à coups de sabre.

J’ai sur moi tout mon argent dans une ceinture. Ma carabine est restée accrochée à ma selle et je viens de m’apercevoir que Charles a gardé mon revolver dans son coffre, par erreur, ou en souvenir de notre rencontre. Pourtant, quand nous arrivons devant la masure, à la pointe de l’aube, je me laisse glisser sur le sol, comme un blessé. Je ferme les veux, je m’endors si lourdement, à plat sur le sable, qu’une demi-heure après, à mon réveil, je ne reconnais plus le paysage, ni mon cocher qui me secoue et me crie :