—Ce n'était pas moi, c'était mon ami. D'ailleurs, vous le voyez! il l'a respectée!
—Jolie façon de respecter une personne vertueuse et du meilleur monde! C'était un goujat, votre ami, le dernier des goujats.
—Mais puisque vous étiez séparés?
—Peu importe. C'était un insolent pour oser prétendre à l'amour de Mme de Pommereuil, et un sot pour s'imaginer ensuite qu'elle était une aventurière. Qu'y avait-il donc d'inscrit sur sa peau?
—Vous devez bien le savoir puisque vous avez été son mari.
—Sauf pendant la querelle dont je vous ai parlé je n'ai jamais vu ma femme, le jour, qu'en crinoline; la nuit, je vous l'ai dit, elle avait une chemise qui lui tombait jusqu'aux pieds. Encore me forçait-elle de souffler les bougies dès qu'elle s'était couchée. J'ai toujours ignoré qu'elle portât sur son corps une inscription. Mais quel était donc ce tatouage?
—Je vais vous le dire, moi, s'écria tout à coup une dame majestueuse, presqu'imposante sous le harnais, à la faveur du henné qui lui teignait les cheveux, et qui ressemblait à sa voisine, la petite blonde au nez retroussé, comme une vieille chromo peut ressembler à une fraîche peinture, je vais vous dire aussi pourquoi on lui a fait ça!
—Vous connaissez Mme de Pommereuil, vous! lança dédaigneusement Clérambault.
—Certainement, je la connais, Alix de Pommereuil, et je l'ai connue avant vous, avant son mariage.
Et, sans attendre qu'on l'en priât, la dame imposante nous fit ce récit: