—Que tu es paresseuse, ma pauvre Valentine! s'écria Mlle Trébuchet en entrant; mais voyant à quel interlocuteur inattendu elle avait affaire, elle parut très choquée et détourna pudiquement les yeux. Quelle indécence! fit-elle, si au lieu d'une dame de mon âge, ç'avait été son mari ou sa bonne qui fût entrée dans sa chambre; joli et édifiant spectacle, en vérité!

Les réflexions de Mlle Trébuchet, proférées à haute voix, éveillèrent la dormeuse.

Mouvant toute une vague d'odeurs: la senteur forte de sa chair unie aux pénétrants parfums des essences, Valentine se retourna brusquement et montra son autre figure, un petit nez fin aux ailes palpitantes, aux narines voluptueuses, des dents riantes dans une bouche large et molle comme un fruit; des yeux brillants et calins sous leurs longs cils, et une chevelure sombre, ébouriffée, dont la double crinière cachait les seins menus laissés à découvert par la chemise trop lâche.

—Ah! c'est vous, Mademoiselle, s'écria Valentine. Vous êtes bien aimable de venir me voir; mais vous auriez bien dû ne pas venir si tôt.

—Si tôt! Il y a cinq heures que je suis debout.

—Oh! vous, vous êtes une sainte.

—Ce n'est pas un acte de sainteté de se lever de bonne heure; seulement on a tort de passer comme vous ses journées dans son lit, surtout quand on a un ménage, un mari...

—Oh! mon mari, vous savez bien qu'il ne rentre que le soir, pour dîner...

—Vous avez d'autres obligations, vous le savez, que de préparer le repas de votre mari... Il me semble, Valentine, que vous devenez bien indifférente à la religion, que vous négligez vos devoirs de chrétienne. Le matin, vous devriez assister à la messe...

—Mais vous-même, Mademoiselle, il me semble que vous ne prêchez pas d'exemple.