Après une courte hésitation, Valentine se décida enfin à des aveux. Sa confession fut d'abord timide; mais peu à peu elle s'enhardit jusqu'à prendre des allures cyniques dont ne réussirent pas à la corriger les appels indignés et fréquents de son interlocutrice.

—Un jour, fit-elle, ou plutôt une nuit, j'étais si piquée de l'indifférence, de la froideur de Victor que je cherchais tous les moyens de lui être désagréable. Au dîner, il avait attaqué les ordres religieux et le clergé avec la fureur qu'il montre d'ordinaire lorsqu'il aborde ce sujet.

«—Ces prêtres que tu ne peux souffrir, lui dis-je tout à coup, n'ont pas votre âme sèche et brutale d'universitaires. Ils sont tendres, prévenants, amoureux.

«—Comment peux-tu le savoir? me demanda-t-il.

«—Mais tu sais bien, lui répondis-je, que j'ai été élevée par des religieuses. Je voyais—c'est tout naturel—l'aumônier du couvent. Je me confessais à lui. Je l'aimais beaucoup, et il me témoignait lui-même la plus vive affection. Ah! je l'ai bien regretté, je le regrette encore!»

Ce fut tout ce que je lui dis ce soir-là, mais je sentis bien que je l'avais offensé, quoiqu'il ne m'eût soufflé mot. La blessure était faite, et j'allais, souvent sans le vouloir, l'élargir.

Le lendemain, au repas, il n'eut pas pour moi une parole. Il paraissait fort préoccupé. Comme nous nous déshabillions pour nous mettre au lit:

«—Qu'as-tu donc ce soir? lui demandai-je.

«Alors, sans répondre à ma question:

«—Tu m'as parlé hier de l'aumônier du couvent où l'on t'a élevée. Tu m'as avoué qu'il te témoignait une grande affection. Est-ce qu'il t'embrassait?