—Vous le savez, j'en ai la conviction. Votre mari ne s'est pas déterminé à un acte pareil sans vous en avertir.
—Pourquoi m'aurait-il averti? Il ne me parle pas de ses affaires.
—Ce ne sont pas ses affaires, mais les vôtres. Vous avez vu l'abbé Palloy chez moi, vous avez entendu sa messe, peut-être vous êtes-vous confessée à lui. Si votre mari a songé à ce digne prêtre, c'est que vous lui en avez parlé. Qu'avez-vous pu lui dire?
—Je ne lui ai rien dit à son sujet, je vous assure. Seulement, Victor, depuis quelque temps, est devenu très jaloux; il s'est imaginé que l'abbé Palloy fleuretait avec moi.
—Voyons, votre mari n'a pas encore perdu la raison. Comment se serait-il imaginé de lui-même que l'abbé Palloy vous courtisait? Si l'abbé Palloy est venu vous voir, ce n'est que dans la journée; il ne sort jamais après six heures. Or, vous m'avez dit plusieurs fois que votre mari ne rentrait que fort tard dans la soirée à cause de ses cours et de ses leçons.
—Il est rentré une fois dans l'après-midi; l'abbé était venu quêter chez moi pour une œuvre de charité. Cette visite a donné des soupçons à Victor.
—Et c'est sur de pareils soupçons qu'il aurait pu le faire arrêter! Valentine, vous me trompez. Vous savez la vérité et vous ne voulez pas me la dire; mais vous me la direz, je vous le promets; et je ne m'en irai pas d'ici que vous ne me l'ayez dite complètement!
Valentine, petite créature faible, se sentit vaincue par la volonté de Mlle Trébuchet; elle eut une mine craintive, imploratrice; puis d'une voix gémissante:
—Je vous assure, Mademoiselle, que je ne suis pas coupable. Il ne faut pas m'en vouloir... C'est une aventure bien singulière.
—Pour le moment, il s'agit de ne me rien cacher, dit Mlle Trébuchet en s'asseyant tout près du lit; si vous avez commis une faute, vous devez la réparer. Qu'est-il arrivé, voyons!