Il n'avait pas fermé l'œil lorsque l'aube vint éclairer la chambre, mais il avait sans doute pris une résolution, car il se mit à écrire plusieurs lettres et réveilla sa femme.

—Habille-toi vite, lui ordonna-t-il d'un ton autoritaire, nous allons aujourd'hui à la grand messe.

Valentine fut bien étonnée.

—Comment, mon ami, toi, un impie, qui ne crois à rien, tu veux aller à une messe qui va durer près d'une heure. Mais tu vas t'ennuyer. Moi-même, qui suis pieuse, cela ne m'amuse guère...

—Il ne s'agit pas de s'amuser. Nous allons ce matin à la grand'messe à Saint-Jacques du Haut-Pas.

—Mais, mon ami, implora Valentine.

—Pas de réplique. C'est une chose décidée. Lève-toi!

Et comme elle demeurait hésitante, la tête appuyée sur son oreiller, il rejeta le drap qui couvrait le lit et tira sa femme sans précaution. Valentine se sentit aussi pénétrée de honte et de crainte que si elle eût été une fillette menacée du fouet; même elle eut peur pour ses grasses, indolentes et voluptueuses fesses que son mari regardait sans sourire, d'un œil dur, impitoyable. Domptée, elle ne résista plus, se leva et s'habilla avec soin, mais sans ses flâneries habituelles.

Elle était bien tremblante lorsqu'ils partirent. Son mari, d'ordinaire insoucieux de sa toilette, s'était vêtu avec une grande recherche d'élégance; il lui donnait le bras cérémonieusement sans lui parler, sans tourner la tête de son côté, à la façon d'un sergent de ville qui entraînerait le malfaiteur qu'il vient d'arrêter.

Ils arrivèrent à Saint-Jacques-du-Haut-Pas; elle trempa sa main dans le bénitier et fit le signe de la croix avec une dévote lenteur, puis elle offrit de l'eau du bout des doigts à son mari, qui refusant de toucher son gant humide, passa devant elle et fendit la foule. L'église était pleine de monde, mais M. Chassériau écartait vivement tous ceux qui se trouvaient sur son passage. Sa femme le suivait soumise, dominée par lui.