—Mais pourquoi nommez-vous l'abbé Palloy?
—Je parlais de l'abbé Palloy comme j'aurais parlé de l'abbé Durand. Je ne savais même pas qu'il y avait un prêtre qui portât ce nom.
—Tout cela est bien étrange... Enfin!... signez votre déposition.
Valentine signa d'une écriture ferme et entoura son nom d'une élégante arabesque.
—Vous pouvez vous retirer à présent, madame, dit le juge d'instruction.
Elle tendit alors dignement la main à son mari qui n'eut pas un mot ni un geste, puis elle s'éloigna d'un pas léger avec une allure de petite innocente.
Les balles de M. Chassériau n'avaient atteint personne; cependant pour sa tentative de meurtre et malgré une éloquente plaidoirie de son avocat il fut condamné à deux ans de prison. A l'audience Valentine ne chargea point son mari, mais ne le disculpa point non plus. Elle eut d'ailleurs une attitude que tout le monde s'accorda à trouver excellente. Quand elle entendit la condamnation de M. Chassériau elle faillit s'évanouir.
Son appartement lui paraissait bien vide à présent que son mari ne l'habitait plus. Elle eut des heures de mélancolie, et comme le jeune homme qu'elle avait rencontré aux Nouveautés était venu la voir, elle l'accueillit avec empressement, tel qu'un consolateur. Que pouvait devenir une pauvre femme toute seule? Elle prit un amant.
Mademoiselle Trébuchet le sut; elle alla trouver aussitôt Valentine pour la confesser et la gronder un peu, mais l'ayant trouvée docile, attentive aux conseils, toute disposée à reprendre les pratiques religieuses, elle jugea convenable de ne point se montrer trop sévère.
—Que veux-tu, ma chère enfant, lui dit-elle en la quittant, je ne t'approuve pas, mais ce Chassériau l'a bien mérité!