Elle eut une petite frayeur en rentrant dans son logis solitaire, mais son dîner copieux, le plaisir du théâtre, les émotions de la journée lui avaient donné quelque lassitude et à peine couchée, elle s'endormit.
Le lendemain elle fut mandée chez le juge d'instruction. Elle ressentit quelque trouble en apercevant ce magistrat, mais il fut si poli, si aimable qu'elle retrouva vite son assurance. Son mari apparut, pâle, affaissé.
—Mon pauvre ami, dit-elle en lui tendant la main, comment as-tu pu faire cela!
—Vous connaissiez depuis longtemps l'abbé Palloy, madame? demanda le juge d'instruction.
—Nullement, monsieur, répondit Valentine, je le voyais seulement à la messe et aux offices de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, mais je ne lui avais jamais parlé.
—Mais il était votre confesseur?
—Non, monsieur. Je ne me confesse qu'une fois par an, et à un dominicain.
—Pourquoi alors avez-vous raconté à votre mari qu'il s'était permis des libertés excessives à votre égard, qu'il vous avait fouettée comme une enfant, à nu, après avoir retroussé vos jupes, et que plus tard même il avait essayé de devenir votre amant?... Non seulement vous l'avez raconté, mais vous l'avez écrit. Ce manuscrit, en effet, est bien de votre écriture, vous le reconnaissez?
Et il lui montrait le cahier qu'elle avait donné à son mari.
—Mon Dieu, monsieur, dit-elle simplement, je griffonne parfois du papier pour me distraire: cela n'a aucune importance. Je me suis amusée à écrire un conte que je destinais à une revue où collaborent quelques-unes de mes amies.