«Mais il m'était indifférent qu'elle accusât Charlot et même que Charlot fût coupable de m'avoir volé des cigares. L'important pour moi, c'est qu'Irène et Charlot, d'amoureux fussent devenus des ennemis acharnés. Irène sentait en Charlot un espion et ne pouvait plus le souffrir; Charlot trouvait son intérêt à dénoncer Irène et il ne l'aimait plus depuis qu'il l'avait vue courber le derrière sous ma cravache. Ce difficile amant la trouvait ridicule.
«Pour consoler Irène je lui commandai de jolis costumes d'homme: un pour la maison, deux pour sortir le jour, et un habillement complet pour m'accompagner le soir au cabaret et aux petits théâtres. J'avais aussi commandé des costumes pour Charlot.
«Le premier soir que nous dinâmes tous trois ensemble dans un salon du Café Anglais, Irène était si séduisante dans son travesti que je ne pus y tenir. Dès qu'on eut servi le champagne, je l'entraînai sur le canapé, et je déboutonnai ses vêtements. Je n'ai pas besoin de dire que ce ne fut pas pour la fouetter. Quelle joie de caresser son ventre lisse et de sentir sous mes mains la plénitude et la cambrure de ses fesses! Les yeux d'Irène brillaient de plaisir; ses joues étaient empourprées par le vin, l'émotion de la fête. Je l'embrassais comme un fou et elle me rendait au double mes baisers. Devant nous, Charlot faisait semblant de ricaner, mais au vrai il était furieux contre son ancienne maîtresse.
«Nous recommençâmes plusieurs fois ces dinettes; nous terminions la soirée au théâtre. Le joli visage d'Irène lui valait des succès de toutes sortes; des hommes, des femmes lui écrivaient; beaucoup se trompaient ou feignaient de se tromper sur son sexe. Par ses espiègleries et aussi ses façons coquettes elle provoquait ces déclarations passionnées; souvent même de notre baignoire, debout ou la tête penchée au dehors, elle répondait aux galanteries par des gestes, des œillades nullement équivoques.
«—Regardez donc Irène, me chuchotait Charlot, en me poussant le coude.
«—Irène, m'écriai-je, tu sais ce qui t'attend au retour.
«Elle me regardait, se rasseyait, et était prise sur son fauteuil d'un grand tremblement. Son derrière, dont la culotte étalait bien l'ampleur, se ramassait et semblait se rapetisser de crainte. Je jouissais vivement de son trouble qui durait tout le temps du spectacle. Cette angoisse augmentait quand nous montions en voiture. A peine rentrés, je la jetais sur un divan, je la faisais tenir par Charlot et après l'avoir à demi déshabillée, je la fessais vigoureusement avec une cravache. Elle criait, sanglotait. Elle se calmait ensuite dans mon lit entre mes bras.
«Elle était devenue tout à fait ma maîtresse; laissant à Jacques et à Charlot les soins de la maison, elle ne s'occupait plus que de se vêtir et de se promener.
«Un jour Charlot me montra une lettre qu'elle venait d'écrire et qu'elle avait remise à un commissionnaire. Elle répondait à un inconnu et lui donnait un rendez-vous.
«—Qu'est-ce que cette lettre? dis-je à Irène en colère.