Je me souvins du jeune délateur.

—C'est, prétend-on, m'écriai-je en souriant, un de nos plus terribles adversaires.

—Allons donc!

—Il n'y a qu'à l'envoyer chercher: nous apprécierons.

J'avais inscrit l'adresse d'Emma. J'envoyai une lettre fort galante que je fis porter par l'ordonnance du colonel Zichy. J'invitais la dame à venir boire du champagne le soir même en notre compagnie. La demande était peut-être un peu brusque, mais j'avais observé qu'en Italie, d'ordinaire, les princesses d'amour, même les plus huppées, ne se choquent point de façons vives et gaillardes.

L'ordonnance revint bientôt. Emma se trouvait à l'adresse indiquée. Elle habitait, au dire de notre soldat, un vieux palais très luxueusement meublé; l'abord majestueux, mais le visage gracieux et joli, elle ne mentait point à sa réputation. Seulement ce friand morceau n'était point pour notre bouche.

—Madame, nous dit l'ordonnance, a fait répondre qu'elle refusait d'assister à une fête donnée par les ennemis de sa patrie. Il ne lui convient pas, a-t-elle ajouté, de se réjouir au moment où l'Italie est en deuil.

—Peste! m'écriai-je, si nous avons affaire à des héroïnes, nous n'avons pas fini!

—Voulez-vous la voir? ce n'est pas difficile!

La personne qui venait de parler ainsi était une femme grande, blonde et rose, aux hanches fortes, aux yeux gris, aux traits fins, le type de ces beautés du Nord qui vous charment d'autant plus qu'on a goûté longtemps aux méridionales langoureuses, dont l'amabilité facile mais commune du visage, le corps d'ordinaire mal fait, à la taille longue et aux jambes courtes, vous lassent bien vite.