—Pauvre gosse! s'écria Bichot ému. Eh bien, viens avec nous.
Gringalette ne demandait pas mieux. Juzaine et Bichot n'étaient pas des étrangers pour elle. Souvent, le soir, lorsqu'elle venait leur servir de la bière ou du lait, le clown la faisait asseoir à ses côtés, malgré les cris de la patronne qui ne voulait pas que sa fille «fainéantât», et les deux enfants ouvraient de grands yeux, ou éclataient de rire de compagnie aux merveilleuses histoires que leur contait Bichot.
Il les fit entrer dans un café, demanda des saucisses, de la choucroute, du poulet, des oranges, une bouteille de vin; et Gringalette, après s'être jetée sur les victuailles avec une voracité de chienne affamée, après avoir honoré de ses jolies dents jusqu'aux os et aux écorces, oublia son chagrin, et montra la plus vive gaieté.
La soirée se passa en plaisanteries qui, comme de coutume, égayèrent aux larmes Juzaine et Gringalette. Vers minuit, comme la plupart des clients se retiraient et qu'on éteignait le gaz ici et là, le clown demanda:
—Où vas-tu coucher, ma petite Gringalette?
L'enfant ne souffla mot et redevint triste.
—Allons! dit Bichot, tu n'es pas grosse, et Juzaine, je pense, voudra bien te faire une petite place dans son lit. N'est-ce pas, Juzaine?
Pour toute réponse, Juzaine se jeta au cou de Gringalette et l'embrassa avec emportement.
—J'espère que vous serez de bonnes amies!
—Mais nous le sommes déjà! répliqua Juzaine.