—F... moi la paix, s'écria Emma, et laissez-moi sortir.

Je crus qu'il était temps d'intervenir.

—Si vous avez refusé, dis-je, une invitation qui vous était adressée avec courtoisie, du moins vous ne vous déroberez pas à mon interrogatoire.

Elle me regarda et pâlit. Elle vit que je n'avais nulle intention de plaisanter.

—Je sais, continuai-je, qu'on se réunit chez vous en secret, pour des desseins qui n'ont rien d'amoureux ni de divertissant. Pourriez-vous nous en faire part? Pourriez-vous nous nommer quelques-uns de ces mystérieux affiliés?

Elle eut un tremblement, mais reprit d'une voix ferme.

—Je ne vous dirai rien. Je ne vous dirai rien parce que je n'ai rien à vous dire.

—Vous oubliez qu'on peut vous faire parler.

—Vous pouvez seulement me faire fusiller.

—Oh! oh! ma chère, décidément vous étiez née pour la tragédie. Quel malheur que je goûte peu ce genre, et que je préfère le comique, qui, j'en suis sûr, vous divertit beaucoup moins. Vous faire fusiller? faire fusiller la plus belle femme de Brescia? Dieu m'en garde. L'Autriche se reprocherait une pareille cruauté; elle tient seulement à justifier au moins une fois le nom que vous lui donnez si fréquemment: «L'Autriche n'est pas une mère, dites-vous, c'est une marâtre.» Or une marâtre, avouez-le, est bien excusable si à une fille toujours en révolte elle administre à la fois une copieuse fessée. Ce châtiment est peut-être moins décoratif qu'une fusillade, mais il est aussi plus bénin et il aurait pour nous de plus sérieux avantages. Nous ne voulons pas votre mort, chère madame, mais des aveux, des aveux sincères. Hein, dites-moi, belle signora Camporesi, que penseriez-vous d'une fessée, d'une fessée administrée d'une main un peu rude, mais juste?