—A moins qu'ils ne les jugent trop connues pour leur plaire.

Réduite à l'humiliation extrême, la Camporesi qui n'avait plus rien à ménager, retrouvait ses libertés anciennes de fille publique pour insulter et braver ses bourreaux. Et elle lançait les pires grossièretés à l'adresse de l'empereur, des officiers, de moi-même.

—Ah! fi donc, ma chère, disait Hartmann, on m'avait vanté vos talents de cantatrice, mais je croyais que vous les manifestiez d'une autre façon.

—Allons, dis-je aux ordonnances, prenez vos sangles, et qu'on se mette à la fouetter vigoureusement.

Sous les cinglons des soldats, des pois de pourpre apparurent sur les chairs qui nous étaient offertes, puis des raies sombres; bientôt la croupe de la Camporesi fut pareille à une grande compote de fraises, d'un rouge violacé. Elle retenait ses cris; mais la douleur fut plus forte que son courage; à une cinglade plus coupante, des hurlements montèrent de sa gorge, suivis de rugissements, et les injures alternèrent avec les supplications.

Je me penchai vers elle:

—Consentirez-vous maintenant à parler, à nommer vos complices?

Sans me répondre elle se mit à pousser des gémissements.

—Arrêtez un instant, commandai-je aux ordonnances; déliez-la et donnez-lui un verre de champagne. Si tout à l'heure elle refuse de faire des aveux, vous recommencerez à la sangler.

Elle avait un moment de répit. Comme l'endolorissement de ses fesses ne permettait pas de l'asseoir sur le fauteuil, on la coucha sur des coussins. Elle eut beaucoup de peine à boire car ses mains tremblaient, et son corps était secoué par de grands sanglots.