Et comme elle me considérait d'un regard épouvanté:

—Oui! nous sommes décidés à vous fouetter jusqu'à ce que vous soyez décidée à parler... Ecoutez, lui dis-je, en m'asseyant auprès d'elle, nous ne vous voulons point de mal. Soyez seulement un peu raisonnable! Nous savons que vous conspirez contre sa Majesté l'Empereur, que vous complotez avec plusieurs fous le massacre de nos troupes et pourquoi cela, je vous le demande? Simplement, pour vous donner une réputation de femme héroïque, dévouée à la patrie, qui fasse oublier votre ancien renom de beauté facile, et si vous tenez tant à entrer dans la classe des femmes vénérables, avant l'âge! c'est que vous désirez épouser certain marquis florentin, et pourquoi désirez-vous épouser ce marquis très riche, il est vrai, mais laid, vieux, infirme, plein de manies et d'exigences? Est-ce donc que vous avez besoin d'argent pour vous-même? Nullement. C'est que Casacietto devient chaque jour plus exigeant, et que vous voyez dans la fortune du marquis le moyen de satisfaire la cupidité de votre amant. Est-ce vrai?

Je lui débitais tout ce que venait de m'apprendre sur son compte Esther Bettington. Elle parut très surprise que je fusse si bien informé.

—Vous voyez que je connais votre histoire, repris-je. Je sais aussi des choses que vous ignorez, et je vais vous les apprendre. Vous compromettez votre fortune et votre existence non seulement pour un homme qui ne vous aime pas, mais pour un ingrat, pour un traître.

—Que dites-vous! s'écria-t-elle en se redressant vers moi.

—Votre bien-aimé Casacietto vous trompe avec Esther Bettington.

—C'est faux. Vous mentez!

Et, malgré la douleur qu'elle éprouvait, elle bondit vers moi, et sans les soldats qui la gardaient, elle m'eût frappé au visage.

—Calmez-vous, cara signora. Je puis vous prouver tout de suite que je ne mens pas. Regardez derrière vous.

Esther Bettington s'approchait au bras de Casacietto à la grande fureur du colonel Hartmann qui tenait à passer auprès des autres officiers pour être l'amant d'Esther.