—Puis-je à présent me retirer? demanda-t-elle.
—Ne voulez-vous pas avoir, dans ces moments de trouble, chère amie, un sauf-conduit qui vous assure la protection de nos troupes? Les soldats quelquefois peuvent pécher par excès de zèle. Venez donc avec moi. Vous avez d'ailleurs besoin de réparer le désordre de votre toilette.
Je la conduisis jusqu'à ma chambre qui était au second étage de la maison de ville. J'avoue que la vue de son joli visage d'enfant, que les larmes rendaient encore plus gracieux, que l'offre forcée, tardive de cette amoureuse qui s'était refusée à mon invitation galante et auquel j'avais imposé un châtiment ignominieux, tout enfin m'incitait à achever ma victoire. Je la poussai vers mon lit, je l'y fis rouler sous mon corps en rut, et j'étreignis, j'embrassai sa chair. J'eus le temps de prendre mon plaisir; mais tout à coup avec brusquerie elle rompit l'enlacement et me mordit la bouche.
—Ah! coquine! m'écriai-je, et je voulus la frapper.
Mais avec plus de vivacité que je n'en eusse attendue d'une femme aussi grasse et qu'avaient dû fatiguer les émotions et les peines de cette soirée, elle s'échappa.
—Monstre! fit-elle du palier.
Le colonel Zichy dont la chambre était près de la mienne sortit à ce moment et la voyant s'enfuir:
—Vous la laissez s'en aller, me dit-il, vous ne craignez pas sa vengeance?
—Je laisse à d'autres, lui répondis-je, le soin de se venger sur elle.
J'allais rentrer chez moi quand apparut la figure de Casacietto, basse de sournoiserie et de servilité.